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À cause de la forte demande de matières premières, les labels indépendants peinent à faire fabriquer les disques vinyles indispensables à leur survie. Face aux pressions exercées par les plus gros acteurs de l’industrie, la fédération de labels indépendants FÉLIN tire la sonnette d’alarme.

Le titre du communiqué de presse publié le 18 novembre par la FÉLIN et le Syndicat des Musiques Actuelles a fait mouche : « Pas de disques de labels indépendants sous le sapin cette année ». Le téléphone portable de Mathieu Dassieu, président de la Fédération nationale des Labels et distributeurs Indépendants, ne cesse de sonner : Libération, Le Figaro, Arte, Le Monde… « Le côté « David contre Goliath » de cette affaire a dû attirer l’attention des médias, imagine celui-ci, également à la tête de Baco, label et distributeur pour une centaine de groupes. Ça a le mérite de faire connaître les difficultés des indépendants en général ». Et notamment ce problème inattendu dû au rebond de l’économie suite aux crises sanitaires : la forte demande de polymère, un produit issu du pétrole indispensable à l’industrie automobile mais aussi à la fabrication de disques vinyles, a fortement rallongé les délais de production ; et les coûts. « Désormais, il y a six à huit mois d’attente dans les usines de pressage contre deux mois auparavant, expose Mathieu. La majorité des 1500 labels indépendants français, dont la moitié des revenus provient du vinyle, sont trop fragiles pour retarder leurs sorties ; cette situation les met en péril ». La pénurie de bois, utilisé pour imprimer pochettes et livrets, est également inquiétante.

Le communiqué de la FÉLIN et du SMA met en cause le comportement des majors de l’industrie comme Sony, Universal ou Warner qui utilisent leurs immenses capacités financières pour réserver les lignes de fabrication. Face à cette application impitoyable mais prévisible de la loi du marché, les défenseurs des indépendants demandent « des conditions favorables de production et un accès équitable aux usines de pressage ». Quelles solutions, et quelles instances pour résoudre la situation ? Renforcer ses capacités financières en se regroupant massivement, demander plus de subventions ? « Le système d’aides à la musique en France est très bon, même s’il ne subventionne pas la fabrication. Demander plus d’argent n’est pas la solution » explique Mathieu Dassieu. Si la FÉLIN, qui regroupe 400 labels et distributeurs, met déjà certains acteurs autour de la table, leurs moyens ne pourraient jamais concurrencer la puissance financière des plus gros labels. « Il faudrait augmenter les moyens de production, ouvrir des usines, peut-être même créer notre propre structure de fabrication, suggère Mathieu. On lance surtout un appel à l’État et à l’opinion publique : les labels indépendants sont les garants de la diversité musicale, une exception culturelle française qui est en grand danger ».

Le monde des labels indépendants n’a pas attendu cette nouvelle crise pour s’inquiéter de l’état du marché. Le renouveau du vinyle, en croissance de 10 % chaque année, aiguise l’appétit des majors, qui avaient délaissé ce format et y reviennent en force, avec tout le poids d’un vaste catalogue et d’artistes ultra-populaires, tout en augmentant les prix de vente. « Cela coûte beaucoup plus cher de fabriquer un vinyle qu’un CD, les majors cherchent donc à augmenter leur marge au risque de voir certains mélomanes se détourner du vinyle, alors que les labels indépendants ont besoin des ventes de ce format qu’ils n’ont jamais abandonné » décrit Mathieu Dassieu. Celui-ci évoque également la redistribution inéquitable des revenus liés au streaming, qui favorise les plus populaires, ou encore la faible présence des groupes de « petits » labels sur les ondes… si la hotte du Père Noël risque d’être plus légère en vinyles cette année, le boulet traîné par les labels indépendants devient, lui, de plus en plus pesant.

www.fede-felin.org
www.sma-syndicat.org