Également chercheur et écrivain, le saxophoniste Raphaël Imbert, après des albums autour de John Coltrane, Jean-Sébastien Bach, Mozart ou la musique des Appalaches, part sur les traces de la musique populaire américaine avec Music is my home. Plus qu’un album, une histoire, une plongée dans les racines culturelles et musicales du « Deep south » étasunien, effectuée dans le cadre d’un programme de recherche anthropologique. Trois années de découvertes et de rencontres pour le musicien dont l’émanation discographique, dont voici le premier volet, ne constitue nullement un objet patrimonial, figé et académique. Au contraire : la liberté, la spontanéité, le partage sont ici de mise. Les mêmes valeurs qui ont présidé à la naissance du blues et le jazz, musiques qui inspireront ensuite ce que l’on nommera la folk, la country, jusqu’au hip-hop. Sur ce Music is my home : Act 1, la place est largement laissée aux personnalités rencontrées par Raphaël Imbert au fil de ses pérégrinations : on retrouve ainsi les vénérables bluesmen Big Ron Hunter et Alabama Slim, mais aussi la jeune chanteuse et violoniste Leyla McCalla ou la batteuse Anne Pacéo. Rien de professoral dans cet essai : l’amour partagé pour la musique est ici retranscrit à merveille par les musiciens « En Amérique, la pratique de la musique n’est pas qu’identitaire, c’est aussi et surtout un dialogue » indique Raphaël Imbert. Le cocktail servi par le saxophoniste est constitué d’un tiers des ses propres compositions, d’un tiers de celles des artistes invités, et d’un dernier tiers issu du répertoire commun et patrimonial américain (à l’image du lancinant Weeping Willow blues, enregistré en 1924 par Bettie Smith). Autant de délicieuses nuances de bleu…