Vincent BAILLAIS, Ind. Ipousteguy, femme au bain, 1966, bronze poli, coll. Ipousteguy

L’artiste Ipoustéguy aura marqué son époque avec ses sculptures imposantes  ancrées dans la modernité. À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, sa Meuse natale lui rend hommage à travers plusieurs expositions organisées en 2020 et 2021. Notamment à Doulcon, où le centre culturel portant son nom fait résonner sa mémoire et son œuvre.

Jean Robert, ça ne vous dit sans doute pas grand-chose. Ipoustéguy peut-être pas non plus… Il faut dire que le natif de Dun-sur-Meuse était plus célèbre à l’étranger – en particulier en Allemagne, aux États-Unis et en Australie – que dans son propre pays. Ça n’empêche pas sa Meuse natale de lui consacrer une rétrospective d’envergure, à cheval sur 2020 et 2021, pour souligner le 100e anniversaire de sa naissance… dans une maison portant les stigmates de la Première Guerre mondiale. Vous parlez d’une entrée dans la vie !

La suite est pas mal non plus. Car si Jean Robert a évité la Grande Guerre, comme on l’appelait, il est entré de plain-pied dans la seconde, en participant, en tant que cimentier, à la construction du célèbre Mur de l’Atlantique. Fils d’un père menuisier aux aspirations artistiques (il pratiquait la peinture, le violon et le théâtre), et d’une mère coiffeuse dont il empruntera le patronyme dans sa vie d’artiste, Ipoustéguy aurait pu finir coursier, métier qu’il exerçât à la fin des années 30, s’il ne s’était pas mis en tête de prendre des cours du soir de dessin. Il aurait pu aussi se contenter de la carrière de professeur de dessin, qui lui allait comme un gant en 1946 à Choisy-le-Roi, si ses habiletés en sculpture n’avaient pas titillé le flair d’un galériste, en 1962.

Voilà comment une vie change radicalement de trajectoire, voilà comment on finit par devenir un sculpteur très couru dans les manifestations d’art contemporain. En phase avec son époque, Ipoustéguy a laissé une œuvre moderne à l’image de ses créations : monumentale ! Reconnu et salué pour son talent, il aura aussi dérangé, comme avec sa Mort de l’évêque Neumann, d’abord destinée à la ville de Philadelphie (qui la refusera), avant d’en faire cadeau à l’église de Dun-sur-Meuse. Ou encore Le Val de Grâce, placée devant l’hôpital du même nom à Paris, une sculpture en bronze réalisée en 1977 pour honorer les soldats blessés, qui fit à l’époque grincer les dents du ministère de la Défense.

D’autres de ses productions, 7 au total, sont visibles en permanence dans la Meuse, dont quatre à Bar-le-Duc (Homme passant la porte, Mangeur de gardiens, Hydrorrhage et Discours sous Mistra). Et puis Doulcon, devant le centre culturel, où apparaissent Ours et Nante, deux figures joyeuses qui ont accompagné L’homme construit sa ville (1979), son œuvre la plus imposante, installée devant le palais des congrès à Berlin. C’est dans cette petite localité jouxtant sa ville natale qu’Ipoustéguy avait déménagé à la fin de sa vie. Un lieu où ce sculpteur, peintre et auteur a rendu son dernier souffle, en 2006, avant d’être rapatrié à Paris, où son corps repose au cimetière du Montparnasse.

Centenaire Ipoustéguy
jusqu’en février 2021 à Bar-le-Duc,
Charleville-Mézières, Épinal, Doulcon et Verdun.Renseignements : 03 29 90 70 50
www.musees-meuse.fr

Un centenaire et huit rendez-vous

Chef de file de la rétrospective consacrée à l’enfant du pays, le Département de la Meuse n’a pas fait les choses à moitié pour célébrer le centième anniversaire d’Ipoustéguy. Le public aura en effet droit à sept expositions, disséminées dans 5 lieux différents, à Verdun, Bar-le-Duc, Épinal et Charleville-Mézières. Sans oublier le village de Doulcon, où le centre culturel qui lui est dédié accueille, jusqu’au 18 décembre, un rendez-vous axé sur le « corps en chantier ». L’occasion de découvrir, pour la première fois, des études de parties de corps humain qui cohabitent avec des dessins et aquarelles consacrés au même thème.

Un colloque est également programmé en marge de ces événements. Présenté à la galerie Ipoustéguy de Doulcon le 28 septembre, et à l’acb de Bar-le-Duc le lendemain, en présence de l’épouse et de la fille de l’artiste, il comprendra des visites guidées d’expositions, des tables rondes ainsi que des documentaires.

Pour plus de détails : www.musees-meuse.fr