Dinet-01

Illustration : Fabio Purino

Je me disais un matin, « tiens, un portrait de Michel Dinet, ça le ferait ! ». Je décrochais mon téléphone. J’appelais l’attaché de presse du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, histoire d’avoir une petite conversation avec celui qu’on appelle « son fils spirituel », son successeur, son Ils ne me parlaient que de l’instituteur. Je crois que Michel Dinet aurait été touché.ami, Mathieu Klein. Je laissais sonner une fois, peut-être même pas. Je raccrochais. « Non », je me disais. « Va donc traîner à Vannes ». Le fiston m’aurait dit plein de belles choses, j’en suis sûr. Sans doute ses mots émus seraient sincères. Mais, finalement, ce n’est pas du mentor, du camarade, dont je voulais décrire les traits. Ce sont ceux du villageois, du citoyen, du voisin, que je voulais vous dessiner. De ce Michel, né à Neufchâteau, je ne connaissais personnellement que cette porte qu’il me tint un jour. Nous déjeunions à quelques mètres l’un de l’autre. Je quittais la salle pour fumer, d’un pas lent. Il me précédait, d’un pas alerte. Eu égard à mon pif pas loin, il avait tenu la porte, gentiment, l’air quand même de me dire « grouille ». Il parlait à un type. Il l’avait lâché pour me servir un au-revoir chaleureusement rondouillard. Était-il déjà président du Conseil général ? Je ne crois pas, je ne sais plus.

À Vannes-le-Châtel, dont Michel Dinet fut maire, ils le savent. Ils en sont fiers, je crois. Je dis « je crois », parce qu’ils ne m’ont rien dit de cela. C’est marrant, ce bonhomme fut patron de département, député, ministrable quelques fois, rangé dans le haut du panier des très fins connaisseurs du développement local, et ils ne m’ont parlé que de l’instituteur. C’est vrai, je n’ai causé qu’avec deux de ses anciens voisins. C’est un panel très représentatif pour un village de 568 habitants. Quand la Sofres nous fera des enquêtes nationales avec 204 000 sondés, vous me sonnerez ; aujourd’hui, un petit millier leur suffit.

Bref, ils ne me parlaient que de l’instituteur. Je crois que Michel Dinet aurait été touché. En rentrant, je visionnais sur ma télé quelques-uns de ses discours. Je notais ça sur mon calepin : « Parler de sa voix. Déterminée. Ses yeux. Sa gestuelle aussi. Inévitables auteurs de notre destin ». Ces derniers mots sont de lui. Je notais ça vite. Je trouvais ça beau. Sur la bande qui défilait, Michel Dinet rendait hommage à l’école de la République. Il citait le si merveilleux, si malheureusement piétiné, précepte de « la foi dans la raison ». Être auteur de son destin. C’est à dire être volontaire et optimiste. Je vous l’ai dit, je ne connaissais pas Michel Dinet, mais ces mots – volonté, optimisme –, peut-être, résument bien ce qu’il fut. Car il fut. Il est mort sur une route d’Allamps, il y a quelques mois, aux portes de Vannes.

Je reprenais cette route. Le brouillard enveloppait la petite montagne, verte, marron-verte, rouge-orangée à des endroits, automnale, quoi. Je voulais garder toute la journée cette ambiance de mélancolie colorée. Le soleil est venu me contredire, il m’éblouissait, il ne me lâchait pas de la randonnée.

Je suis parti de la rue de la cristallerie. J’arrivais vite à l’église, élevée au-dessus d’un mur où un papillon de fils de fer s’accroche aux pierres. De joyeux cris de gosses tentaient de l’effrayer, il s’accrochait, tenace. Volontaire et optimiste. Il voulait même « réenchanter la démocratie ».Je me retrouvais rue de la liberté. Près de la plaque, se tient une petite cahute sous verre. Dedans, une statue de la liberté regarde le temps qui passe. Je faisais comme elle. Puis je croisais Michel, « 77 ans, 54 ans de journal ». Il est correspondant de presse. Lui aussi me parle de l’instituteur. Et de l’institutrice, Madame Dinet. C’est si beau ces mots. Pourquoi, diantre, les changer ? Professeur des écoles, êtes-vous priés désormais de dire. Envolées, les racines. Quelles sont-elles, au fait ? D’où vient l’instituteur ? D’instituer ou d’instruire ? Les deux iront très bien. Michel Dinet l’aurait peut-être dit avec d’autres mots. Bâtir et éclairer. Oui, possible. Je crois qu’il aimait parler des Lumières. Ou alors, volontaire et optimiste. C’est ça. Il voulait même « réenchanter la démocratie ».