Mockroot Tigran Hamasyan (© DR)Comme l’arbre émergeant d’un lac figurant sur la pochette de son sixième album studio, les racines de Tigran Hamasyan se sont étendues, au fil des ans, dans de multiples directions. « Quoi que nous voulions lui imposer, la nature finit toujours par gagner, commente le pianiste. La technologie nous a mené à des choses incroyables, mais nous aurons toujours besoin d’un noyau d’humanité pour donner du sens au monde ». Adepte de musiques électroniques, de rock, de métal, le jeune arménien, dont les icônes jazz restent Thelonious Monk et Wayne Shorter, est avant tout un accro de musique classique : Prokofiev, Chostakovitch, Schnittke… il injecte également dans ses albums la musique traditionnelle arménienne, combinant ainsi cette humanité fondatrice qu’il évoque, largement explorée dans A Fable en 2010, avec l’énergie et la percussion du rock et de l’électro, notamment sur Shadow Theater en 2013.
Avec Mockroot, il poursuit sa pratique de l’hypnose en emmenant son piano dans une virée endiablée, douce et rêveuse sur les titres d’ouverture, où son jeu se fait virtuose, un peu démonstratif… mais à pleurer de bonheur. Dans une seconde partie plus grisante, cadencée par la batterie de Arthur Hnatek, Tigran mène son trio comme un bolide, maîtrisant puissance et vitesse. Lui qui avoue « envier le vibrato de la voix » continue à s’essayer au chant, parfois un peu trop présent sur certains des premiers titres de Mockroot. Mais celui-ci fait surtout office de quatrième instrument, et lorsqu’il n’occulte pas le talent instrumental du trio, contribue à nous emmener à des hauteurs vertigineuses, avant que Tigran ne frappe son clavier, déclenchant des vibrations telluriques qui nous clouent alors au sol. Encore une fois, un album entre deux mondes aussi enivrant qu’excitant.