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Le projet MISTA qui vise à créer une école d’ingénieurs à Metz est repoussé à N+1… Comprenne qui pourra. C’est le dernier épisode en date d’un projet qui patine depuis des mois.

Cela fait 5 ans que le projet MISTA est dans les tuyaux. Les premières discussions visant à créer la douzième école d’ingénieurs de l’Université Lorraine remontent à 2014. Et durant les premières années, la procédure a suivi son cours normalement.

Le collégium réunissant les 11 écoles d’ingénieurs de l’Université a voté, à l’unanimité et à plusieurs reprises, la création d’une nouvelle école d’ingénieurs, à Metz.

Les arguments ne manquent pas pour qu’elle se fasse : nécessité de former davantage d’ingénieurs en terre mosellane, complémentarité avec les écoles existantes, innovation en matière de recrutement… D’emblée, le projet a également bénéficié du soutien des élus mosellans, quel que soit leur bord politique. Il y a un an, en mars 2018, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de Le conseil d’administration de l’Université, présidé par Pierre Mutzenhardt, a décidé de modifier la feuille de route pour préciser que MISTA est reportée à N+1 ! Mais sans préciser à quoi correspond ce « N ».l’UFR MIM (Mathématiques, Informatique, Mécanique) sur le Technopole, Bernard Charles, le PDG de Dassault Systèmes (éditeur de logiciels spécialisés dans la conception 3D) soutenait, lui aussi, publiquement, MISTA : « je suis très fier de la création future de l’école d’ingénieurs MISTA au sein de l’Université de Lorraine et avec les partenaires territoriaux. Elle formera des ingénieurs-managers dans une approche systémique pour préparer l’industrie de demain ».

Une date avait même été avancée pour son ouverture : MISTA devait ouvrir ses portes en 2019/2020. Mais depuis quelques mois, tout a été remis en cause sans que l’on sache précisément pourquoi et par qui, les acteurs concernés refusant de s’exprimer clairement. Une lueur pourtant, le 6 novembre dernier, pourtant : une feuille de route pour repréciser les choses. Elle laissait entendre que MISTA, malgré les tempêtes et les imbroglios, allait bien se faire.

Une nouvelle date avait même été précisée : 2021. Une année plus tard que prévu, mais bon.

C’était sans compter la rencontre du 5 février 2019…

Le conseil d’administration de l’Université, présidé par Pierre Mutzenhardt, a décidé de modifier la feuille de route pour préciser que MISTA est reportée à N+1 ! Mais sans préciser à quoi correspond ce « N ». Une inconnue. Bref, chacun y colle la date qui lui convient : 2020, 2030, 2040…. Ou d’autres encore. Et pour couronner le tout, la décision a été votée avec 13 abstentions sur 25 votants !

Pourquoi cet énième changement de cap ? L’Université Lorraine a-t-elle pour mission prioritaire d’œuvrer au renforcement du Grand Nancy ? Envisage-t-elle de démanteler le projet messin pour enrichir l’existant nancéien ? Les annonces du 6 novembre ne visaient-elles qu’à calmer les élus mosellans ? La seule ambition était-elle d’isoler Nidhal Rezg, le principal artisan et concepteur de MISTA ?

Pourquoi l’Université Lorraine qui a pourtant soutenu le projet durant des années, se désengage-t-elle et repousse-t-elle le projet sine die ?

Assurément pour plusieurs années en tout cas…

Le président de l’université ne peut ignorer que la Commission des Titres d’Ingénieurs (CTI) refusera de se déplacer en 2020/2021 pour la demande d’habilitation de MISTA car la visite périodique Pourquoi l’Université Lorraine qui a pourtant soutenu le projet durant des années, se désengage-t-elle et repousse-t-elle le projet sine die ? Assurément pour plusieurs années en tout cas…des écoles d’ingénieurs de l’académie de Nancy-Metz est programmée en 2021/2022 ! Et la CTI se refuse à des audits à plus ou moins une année des visites périodiques programmées. Dans le meilleur des cas, MISTA naîtrait ( si elle devait naître un jour ) dans 4 ans, soit près de 10 ans après son lancement (avec la bénédiction de l’Université Lorraine) et, de fait, après la fin du mandat de Pierre Mutzenhardt en mai 2022…

Du côté de Metz qui ne compte pour l’heure qu’une seule école d’ingénieurs contre 9 à Nancy et une à Épinal, les partisans de MISTA ne décolèrent pas. « Nous avons été mis devant le fait accompli. C’est inadmissible. C’est du foutage de gueule. J’ai voté contre », a déclaré Gilbert Krausener, vice-président de Metz-Métropole chargé de l’enseignement supérieur et membre du conseil d’administration de l’Université, au site Infodujour.  « Il faut faire MISTA car nous enregistrons un déficit en nombre d’ingénieurs alors que notre terre est industrielle » soulignait-il également, récemment, dans nos colonnes. Dans une motion votée le 25 février, adoptée à l’unanimité, en présence de Pierre Mutzenhardt, Metz Métropole dit apporter « tout son soutien à la création de l’Ecole d’ingénieur MISTA, à sa dimension européenne mais aussi au développement des Ecoles d’Ingénieur de Metz dans le cadre d’une réflexion métropolitaine engagée avec l’ENSAM, l’ENIM, CENTRALESUPELEC et l’ESITC ». Ce vote a été l’occasion pour Gilbert Krausener de rappeler que MISTA est l’unique projet sensé contribuer sérieusement à combler le retard de Metz au sujet des effectifs d’élèves-ingénieurs en baisse sur Metz depuis le début des années 2000.

D’autres élus mosellans comme Patrick Weiten, le président du Conseil départemental de Moselle, ou le maire de Metz Dominique Gros sont, par ailleurs, montés au créneau pour demander à ce que le projet MISTA voit le jour car cette école répond à de véritables besoins en matière de formation d’ingénieurs en Moselle. Mais, depuis Nancy, l’analyse est visiblement différente…              

A.Mébarki et F. Barbian