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Cela fait des mois que le projet MISTA, la nouvelle école d’ingénieurs de Metz, a du plomb dans l’aile. Le ton monte entre le président de l’Université de Lorraine et les élus messins. Ces derniers demandent à ce que la gouvernance de l’Université fasse l’objet d’un rééquilibrage.

« Pour des raisons politiques, il est urgent de faire MISTA. On ne peut pas continuer sur ces tendances délétères ! », avait déclaré Dominique Gros, le maire de Metz, lors du Conseil de Metz Métropole du 25 février dernier. Un conseil auquel avait été convié Pierre Mutzenhardt, le président de l’Université de Lorraine afin de faire un point sur l’évolution de MISTA, l’école d’ingénieurs de Metz qui, après des années de travail et d’échanges, est au point mort (voir ci-dessous).

Et ? Eh bien rien, ou pas grand-chose…

« MISTA se fera mais peut-être pas dans la temporalité souhaitée », a alors souligné Pierre Mutzenhardt, « il faut que l’on restructure l’ensemble de l’enseignement des sciences à Metz. Nous ne pouvons pas forcer le calendrier et éviter le passage devant la commission des titres d’écoles d’ingénieurs. ». Un peu léger. Alors le président a promis aux élus de leur faire parvenir un complément d’informations via une note. Ils l’ont reçu, courant mars, elle fait 12 pages. 12 pages d’informations et de chiffres relatifs à l’Université de Lorraine.

Pas une ligne sur MISTA.

De quoi échauffer un peu plus les esprits et surtout d’alimenter le sentiment messin et mosellan que si MISTA « traîne », ce n’est pas parce que le projet affiche des failles. Tout le monde (en tout cas une majorité) s’accorde à dire, y compris Pierre Mutzenhardt d’ailleurs, que c’est un bon projet et qu’il apporte des réponses à un besoin grandissant en matière de formation des ingénieurs, en Moselle. Il faut rappeler que l’Université de Lorraine compte une école d’ingénieurs à Metz (l’ENIM) contre une douzaine à Nancy !

C’est précisément ce déséquilibre qui est à l’origine de tout, ou de rien, c’est selon. Car MISTA n’est que l’illustration d’un dysfonctionnement de l’Université de Lorraine lié à un gros problème de gouvernance. Dans sa note, Pierre Mutzenhardt tente d’ailleurs d’éteindre l’incendie, avançant des chiffres, en contestant d’autres, afin de prouver que Metz n’est pas lésée et que la fusion Metz/Nancy profite à tous.

Ce faisant il n’a fait que souffler sur les braises semble-t-il. « Sa réponse (celle du président de l’Université) du 25 mars 2019 confirme que le site de Metz est devenu un site délocalisé comme Thionville, Longwy et autres, ce qui est contraire aux engagements pris lors de la création de l’UL qui devraient être sur les deux métropoles Nancy et Metz. Il faut remettre le dossier à plat, faire le bilan comparé, poste par poste, euro par euro, de l’évolution des sites de Nancy et de Metz depuis la création de l’UL. Il faut, a minima, réviser la gouvernance de l’UL, assurer une représentation minimale messine au CA et partager équitablement les responsabilités exécutives », tonne François Grosdidier, sénateur de la Moselle et conseiller métropolitain de Metz-Métropole dans un communiqué de presse particulièrement argumenté (voir extraits ci-contre).

Jérémy Aldrin (Conseiller municipal et communautaire d’opposition à Metz) est sur la même longueur d’ondes. Et nul doute qu’à l’approche des municipales, défendre les intérêts de Metz en matière d’enseignement supérieur va s’imposer à d’autres. Quitte à se montrer très offensif, trop « radical » ? Quitte à relancer la guerre Metz-Nancy ? C’est le risque. « On va faire de MISTA un enjeu politique, une source de tension entre Metz et Nancy. Tout cela n’est pas bon », s’inquiète Gilbert Krausener, vice-président de Metz-Métropole chargé de l’enseignement supérieur et membre du conseil d’administration de l’Université de Lorraine, qui prône le dialogue. Sage conseil, mais au-delà du fait que le contexte électoral ne s’y prête guère, il faut bien constater que, depuis des mois, la communication sur et autour de MISTA, pour en revenir à elle, est tout bonnement calamiteuse.


MISTA Les dates-clés

2014

Les premières discussions visant à créer la douzième école d’ingénieurs de l’Université Lorraine débutent. Ce collectif animé par Nidhal Rezg, administrateur (provisoire) de l’UFR MIM est composé d’enseignants chercheurs et de personnels administratifs et techniques de l’Université de Lorraine.

2015/2016

Le groupe de travail s’étoffe au fil des mois, tout particulièrement courant 2016 où le travail sur le dossier à destination des instances nationales démarre.

Le 2 novembre 2016

Le projet de création d’une deuxième école d’ingénieurs à Metz est adopté est adoptée, à l’unanimité, au conseil du Collégium des écoles d’ingénieurs de L-INP de l’Université de Lorraine.

Le 18 janvier 2017

Le Collégium adopte, toujours à l’unanimité, l’ouverture de MISTA pour la rentrée 2018-2019.

Début 2017

Changement de gouvernance du collégium L-INP, début 2017.

Mars 2018

Lors de l’inauguration des nouveaux locaux de l’UFR MIM (Mathématiques, Informatique, Mécanique) sur le Technopole, Bernard Charles, le PDG de Dassault Systèmes (éditeur de logiciels spécialisés dans la conception 3D) soutient publiquement MISTA : « je suis très fier de la création future de l’école d’ingénieurs MISTA au sein de l’Université de Lorraine et avec les partenaires territoriaux. Elle formera des ingénieurs-managers dans une approche systémique pour préparer l’industrie de demain ».

Le 15 mai 2018

Le conseil de l’UFR MIM vote, à l’unanimité, le dépôt du dossier CTI-MISTA à la Commission des Titres d’Ingénieurs (CTI).

Le 6 novembre 2018

Alors que des voix s’élèvent (notamment celles des élus messins et mosellans) pour dénoncer le fait que le projet MISTA n’avance pas, le conseil d’administration de l’Université, présidé par Pierre Mutzenhardt, dévoile une feuille de route laissant entendre que MISTA allait bien se faire. Une nouvelle date d’ouverture est même précisée : 2021.

Le 5 février 2019

Le conseil d’administration de l’Université de Lorraine fait savoir que MISTA était reportée à N+1, sans plus de précisions.

Le 25 février 2019

Metz Métropole dit apporter « tout son soutien à la création de l’École d’ingénieur MISTA. Présent lors de ce conseil métropolitain, Pierre Mutzenhardt, promet de rédiger une note précisant différents points concernant l’Université de Lorraine et MISTA.

Mars 2019

Pierre Mutzenhardt a tenu parole, un courrier de 12 pages est envoyé aux élus. Pas une ligne sur MISTA.


Jérémy Aldrin – Conseiller municipal et métropolitain d’opposition à Metz

Jérémy Aldrin (© DR)

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« Il est important à mes yeux de « réparer » deux manques. Primo, d’instaurer une nouvelle gouvernance entre Metz et Nancy. Nous sommes tout de même la seule métropole en France (sur 22) à ne pas avoir un siège universitaire. Et ce n’est pas acceptable compte tenu de l’importance du poids économique que notre territoire représente en Lorraine. Alors, si nous sommes privés de MISTA, parce que c’est un projet messin, il faut en tirer les conséquences. Et j’ai vraiment le sentiment qu’il n’y a pas de prise de conscience de la part de la présidence de l’université du désir absolu des Messins de voir cette école se créer. Et cela pour une raison simple, et j’en viens au second manque : nous avons besoin de former davantage d’ingénieurs. MISTA est un bon projet, tout le monde s’accorde à le dire. J’insiste sur ce point, c’est un problème de gouvernance qui doit être réglé. »

 

Gilbert Krausener – Vice-président de Metz-Métropole chargé de l’enseignement supérieur – Membre du conseil d’administration de l’Université de Lorraine

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« Je pense que la priorité est de sortir de cet imbroglio par le haut car une polémique est train de s’installer et cela m’inquiète car ce ne sera profitable à personne. Depuis le début, tout le monde communique mal et on va faire de MISTA un enjeu politique, une source de tension entre Metz et Nancy. Tout cela n’est pas bon. Les Messins ont tapé du poing sur la table, avec raison car nous avons un déficit en matière de formation d’ingénieurs. Les chiffres l’attestent et les besoins vont aller crescendo. Il faut maintenant que tous les acteurs concernés se parlent. Il faut organiser une table ronde avec les élus, les industriels, les responsables de l’université et des écoles pour se doter d’une feuille route et avancer de manière constructive. »

 

 

François Grosdidier – Sénateur de la Moselle – Conseiller métropolitain de Metz-Métropole

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Extraits du communiqué de presse en date du 26 avril, mettant en lumière le déséquilibre en matière de gouvernance :

« La vie institutionnelle de l’Université est sous l’autorité d’une équipe politique 100 % nancéienne. Les quatre vice-Présidents institutionnels sont issus des ex-universités de Nancy.

(…) Actuellement, le conseil d’administration de l’UL ne compte que 3 Messins sur 31 membres. Le Conseil Départemental de la Moselle était membre du CA de l’UL de 2012 à 2017. Suite aux élections des conseils centraux de 2017, il a été éliminé.

(…) Pour rappel, dès 2012, les neuf directeurs de composantes de l’ex-Université de Metz ont rappelé au Président Mutzenhardt, la nécessité de plus écoute et plus d’attention sur la gestion des affaires des sites mosellans et ceci après sept mois de la fusion qui a vu une dérive autoritaire de la présidence de l’Université de Lorraine à cette époque. Face à cette grogne, le président a annoncé une série de rencontres mensuelles avec ces neuf directeurs mais il les a arrêtées après la deuxième réunion sans alibi. »