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On n’a peut-être pas toujours les élus que l’on mérite, mais on a indéniablement les élus que l’on se choisit. Telle est la loi en démocratie. C’est la raison pour laquelle chaque élection constitue une forme de miroir social, jamais déformant, car toujours en prise avec le réel. Que nous révèle ce miroir au moment où se déroule cette campagne présidentielle 2017 ? On ne peut bien évidemment qu’être prudent dans la réponse à cette question mais le corps électoral est peut-être moins en doute qu’il n’y paraît ou que les conclusions, par trop convergentes des analystes, le laissent à penser.

Tout d’abord, parce que le désamour face à la classe politique et le vaste désenchantement envers la scène politique, constaté depuis plusieurs décennies déjà, et vérifié dans une désaffection des urnes, ne se traduit toujours pas par un désintérêt vis à vis de la chose politique. Ensuite, parce que l’électorat français s’est construit à l’image du monde globalisé, en permanence déchiré entre des injonctions contradictoires, incapable d’accoucher de lui-même mais en comprenant parfaitement les tenants et les aboutissants.

Si la République, vérolée par les affaires, se porte mal, la res publica, elle, est plus vivace que jamais. Les chiffres de l’audimat du débat télévisé qui a opposé les principaux candidats, suffisent pour s’en convaincre. La politique reste un sport national qui continue à exacerber les passions françaises et les électeurs n’entendent pas se laisser dicter leur conduite. La politique reste un sport national qui continue à exacerber les passions françaises et les électeurs n’entendent pas se laisser dicter leur conduite.Ils continuent à vouloir se forger, seuls, une opinion malgré le poids, toujours plus prégnant, des instituts de sondage et des médias. Ils chercheront, jusqu’au bout, à faire leur choix en toute indépendance. Comme ils l’ont fait au cours des primaires, à droite comme à gauche. Une manière d’afficher leur attachement viscéral à la liberté et leur aversion à la notion de vainqueur programmé.

C’est d’ailleurs peut-être pour maintenir la pression, qu’ils affichent et assument aussi crânement la dichotomie constatée entre la certitude des choix et la virtualité des votes. Les études menées par le CEVIPOF(1) et la Fondation Jean Jaurès(2), démontrent, par exemple, qu’ils sont un électeur sur trois à ne pas encore être certains d’aller voter les 23 avril et 7 mai prochains. Laissant planer le doute d’une forte abstention, ils obligent tous les candidats à faire preuve de conviction jusqu’à l’issue finale, pour appâter le chaland. Ce sont ces indécis, qui n’apparaissent sur aucun écran radar, qui feront, en définitive, l’élection.

C’est un réflexe identique qui guide l’électeur dans son refus de se laisser cristalliser dans ses intentions de vote. Si la volatilité électorale, à moins de trois semaines d’une consultation, est la plus forte jamais constatée, c’est parce que le citoyen veut rester, jusqu’à l’ultime minute qui sépare l’enveloppe de l’urne, pleinement souverain dans son choix. Une réalité qui n’a pas échappé aux deux favoris, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, qui ne baissent à aucun moment la garde.

De même que ce n’est pas juste par solidarité ou par conviction pour les idées qu’ils défendent, que les Français réclament plus de justice dans le traitement des candidats et notamment les « petits candidats », victimes d’ostracisme médiatique. C’est une manière de rappeler, à tous les postulants à la fonction suprême, qu’il n’y a plus de déterminisme sociologique, car le vote de classe est désormais à l’image du monde : éclaté.

À chaque candidat d’en avoir pleinement conscience, car on sanctionnera sévèrement tous ceux qui auront cherché à faire de cette élection un miroir aux alouettes.

(1) CEVIPOF : Centre d’Etude de la Vie Politique Française, le Centre de recherche politique de Sciences-Po
(2) Fondation politique proche du Parti socialiste