Dans le dernier roman de Roopa Farooki, publié aux éditions Gaïa, L’art acrobatique de la fugue, Maqil, charmeur et charlatan patenté, le maîtrise parfaitement. Il vole d’une vie à l’autre.

roopa-farooki-(©DR)Maqil est un vieux monsieur usé qui finit sa vie, seul, dans un hôtel miteux de Biarritz, bien loin de Lahore, au Pakistan, son lieu de naissance. L’homme est usé. Mais pas question de s’apitoyer sur son sort. Il a eu mille vies. Il a été Michel, Mike, Mikhail ou Miguel, selon les époques et ses pérégrinations. À chaque fois, Maqil ne s’est pas contenté de changer d’identité, il s’est également inventé des vies, a séduit des femmes, en a épousé certaines. Il a des enfants aussi. Mais peu importe, arrive toujours un moment où il décide d’aller voir ce qui se passe ailleurs, histoire de tout recommencer. Londres, Paris, Le Caire, Hong Kong… Maqil a beaucoup voyagé, aimé, abusé. « Des infarctus, j’en ai fait sur toute la planète : à Londres, à Rome et à Hong Kong », rappelle-t-il à son fils, venu lui rendre visite à Biarritz. Il a aussi beaucoup charmé et joué. C’est un vrai joueur, de ceux qui gagnent des fortunes pour tout reperdre sur un coup de dés. Commentaire qui vaut pour le jeu, mais qui caractérise toute sa vie. C’est ce parcours hors norme que raconte l’auteur, de la naissance de Maqil, qui a d’emblée confirmé son caractère de battant en survivant à son jumeau mort-né, à la fin d’une énième vie. Un lent glissement qu’il se charge personnellement de raconter jusqu’au bout, alors que « les voix » se font plus insistantes et que ses créanciers s’impatientent. Tout cela est écrit avec beaucoup d’humour et de tendresse. Roopa Farooki, est, elle aussi, née à Lahore, en 1974. Elle partage aujourd’hui sa vie entre le sud de l’Angleterre et le sud-ouest de la France. Elle a travaillé dans la publicité avant de se consacrer uniquement à la littérature. L’art acrobatique de la fugue est son cinquième roman. Plusieurs de ses livres ont été salués par la critique.