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Après bien des hésitations, les membres de l’Union Européenne s’organisent pour se répartir 120 000 réfugiés. Un accueil qui vise à faire face à l’urgence mais qui s’avère modeste compte tenu du nombre toujours grandissant de migrants. Si l’Europe entrouvre ses bras, elle s’attache aussi à cadenasser ses portes. 

Après plusieurs semaines de tergiversation, l’Europe s’est enfin mise d’accord pour se répartir les réfugiés arrivés sur son territoire. L’ambition est de répartir 120 000 personnes dans les deux ans à venir, mais seuls 66 000 réfugiés, installés en Grèce et en Italie, sont pour l’heure concernés par une « première étape ». Pour les 54 000 autres, stationnés en Hongrie, cela se fera dans le courant de l’année prochaine. La méthode a également mis en lumière une division (et de vives tensions) au sein de l’Europe, les Hongrois, les Tchèques, les Slovaques et les Roumains s’étant déclarés opposés à un système de quota même si, in fine, la décision commune s’impose aux 28. En cas de refus, des sanctions (financières) tomberont. C’est en tout cas la position de François Hollande.  La répartition se faisant compte tenu de la taille et du PIB des pays, l’Allemagne et la France sont les deux pays qui en accueilleront le plus : 30 000 pour l’Allemagne, 24 000 pour la France (30 000 au maximum dixit Manuel Valls). Certains pays ayant affiché des inquiétudes quant à l’impact que cet accueil est susceptible d’avoir sur leur budget, Bruxelles envisage de se montrer moins exigeante en ce qui concerne le respect des déficits publics.  Une répartition tenant compte de la taille et du PIB des paysSi les efforts de l’Europe sont significatifs, ils s’avèrent d’ores et déjà insuffisants. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR), près de 500 000 réfugiés ont déjà rallié l’Europe. Et compte tenu des arrivées quotidiennes, leur nombre pourrait encore doubler d’ici la fin de cette année. Autant dire que l’Europe doit d’ores et déjà plancher sur d’autres mesures d’accueil mais elle entend également, et surtout, veiller à limiter les entrées sur le territoire.  Pour y parvenir, depuis quelques mois déjà, l’UE fait la chasse aux « passeurs » et entend la renforcer encore. Au registre des démarches nouvelles, plus d’un milliard d’euros (supplémentaires) sont également débloqués afin d’aider financièrement les pays frontaliers avec la Syrie (Turquie, Liban et Jordanie) qui hébergent 4 millions de réfugiés syriens. Dès la fin novembre, la création de « hot spots » est également annoncée. Situés en bordure du territoire de l’Union, en Grèce et en Italie (la Turquie a refusé), ces centres d’enregistrement relèveront les empreintes digitales des réfugiés et détermineront, surtout, s’ils sont susceptibles, ou pas, d’être accueillis comme demandeurs d’asile. Ceux qui ne remplissent pas les conditions (s’ils sont considérés comme des migrants économiques et non pas comme des réfugiés politiques), seront renvoyés dans leur pays. Ce qui implique, là encore, que l’Union négocie des accords de réadmissions avec ces pays pour qu’ils accueillent leurs ressortissants. Expulser des familles qui ont quitté leur pays pour fuir la misère, pose tout de même question d’ordre « humaniste ». Même si le président français veut que cela se fasse dans le « respect », l’ambition est bel et bien de multiplier les vols de retour. Si la France accueille les réfugiés syriens, depuis fin septembre, elle s’emploie également à frapper l’une des causes de l’afflux de cette population en Europe : Daesch.


LES FRANÇAIS DIVISÉS

Partout en France, des particuliers, des communes et des collectivités se mobilisent pour accueillir les migrants. De l’argent, des logements, des vêtements ou du temps, ils sont nombreux à vouloir agir. Mais, différents sondages (Libération, Le Parisien, BFMTV…) réalisés courant septembre le confirment aussi, l’accueil de migrants ne fait pas l’unanimité. Loin de là. Grosso modo, la moitié de la population n’y est pas favorable. Sans surprise, les sympathisants du FN et dans une moindre mesure de la droite, sont plus nombreux que les sondés se déclarant de gauche. Les difficultés économiques, le chômage, les caisses publiques qui sont vides mais également les interrogations quant aux facultés d’intégration de populations majoritairement musulmanes, sont autant d’explications avancées par ceux qui se montrent les plus frileux. Certains craignent également que cet accueil soit la porte ouverte à une immigration plus massive encore. Avec 24 000 migrants sur deux ans, la porte est à peine entrouverte.