ENTRETIEN AVEC PATRICK WEITEN DÉPUTÉ

ET PRÉSIDENT DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE LA MOSELLE

Vous avez reçu récemment le Préfet de la Moselle en session extraordinaire qui a présenté son rapport d’activité des services de l’État dans le département. Constatez-vous un vrai dialogue entre votre collectivité et les services de l’État ?

Lorsque le gouvernement prend des mesures particulières contre le Département, par le biais d’une diminution des dotations qui sont accordées et par une augmentation des charges qui ne sont pas compensées. Je pense ici au RSA. Ou bien lorsqu’il réduit les compétences du Département pour les transférer d’autorité vers les régions, je dis que le gouvernement se comporte mal face au Département et face aux habitants.

Pour autant, lorsque l’État agit en relation avec les Départements, les relations sont très bonnes. Je me réjouis ainsi de la qualité des relations entre le Préfet Emmanuel Berthier et moi-même, entre ses services et l’administration départementale. M. Berthier est Préfet de la Moselle. Metz et la Moselle ont perdu la préfecture de Région, ce qui a inévitablement des conséquences car désormais la préfecture de Région est à Strasbourg. Il nous faut donc quelques fois parler plus fort pour être entendu et quelque fois on a l’impression que je parle très fort ou trop fort. Ma voix est celle du million de Mosellans que je représente. Le Préfet Berthier nous considère comme étant les « Messieurs 20% » puisque nous représentons 20% de la population de la région Grand Est. Et cela, nous devons l’affirmer.

Constatez-vous un petit changement dans la manière de faire par rapport à son prédécesseur ?

Oui, de par sa formation et son expérience, Emmanuel Berthier nous vient de la DATAR. Il a donc une réflexion d’aménageur du territoire. Tout comme moi, il a une vision et une volonté. Pour lui, chaque dossier est important et souhaite apporter sa pierre à l’édifice départemental aux cotés du Département mais aussi des intercommunalité. Nous nous rencontrons au minimum une fois par mois à l’occasion d’un diner, qui généralement commence tôt et finit très tard. C’est un homme d’aménagement et lorsque j’ai un homme d’aménagement face à moi, nous parlons la même langue.

Dans quel état sont les finances du Conseil départemental ?

C’est une équation avec énormément d’inconnues. La première : les recettes. Nous allons perdre de nouveau 17 millions d’euros de dotation en provenance de l’État. Si je compare le budget 2017 au budget 2013, ce sont 152 millions d’euros qui manquent au budget départemental. Nous sommes confrontés à une augmentation des charges de solidarité. Au total, 37 millions d’euros qu’il faut que je trouve en économie pour 2017. Il n’empêche, nous avons adopté un principe : nous n’augmenterons pas la fiscalité départementale. Nous sommes sur des budgets contraints. Du coup, nous allons être obligés de dire souvent « non » tout en préservant les politiques fondamentales du Département. Nous allons rogner un peu sur nos possibilités d’investissement car il faut bien trouver les ressources nécessaires pour équilibrer le budget.

patrick weiten (© Luc Bertau)

« Je pense que l’on a un mal en France, celui qu’il faut institutionnaliser les structures pour enfin commencer à se parler et à se rencontrer. » À propos de la Métropole Metz-Thionville. (Photos : © Luc Bertau)

Qu’en est-il aujourd’hui de l’agence d’attractivité et de la marque Moselle et de la participation des communes et des agglomérations du département à cette idée ?

Depuis 2011, je souhaitais fusionner « Moselle développement » et Moselle tourisme. Je considère que, lorsque l’on fait la promotion de la Moselle, on le fait pour le tourisme mais aussi pour l’économie. D’autre part, au 1er janvier 2017, le Département perdra la compétence économique, c’est-à-dire que nous n’aurons plus le droit de subventionner les entreprises comme nous le faisions. Le commerce, l’artisanat, la grande industrie, la petite entreprise… Nous investissions entre 3 et 5 millions d’euros par an et personne n’a pris la suite. La Région n’a pas pris la suite. Il va manquer entre 3 et 5 millions d’euros dans l’économie mosellane.

Cela est dramatique pour l’économie de proximité. J’ai donc décidé de proposer à l’assemblée départementale, qui l’a acceptée, la création d’une agence d’attractivité. On me dit : « Oui, mais vous n’avez plus la compétence économique donc vous ne pouvez pas faire d’attractivité ». Ce sont-là deux choses différentes : l’économie, c’est le fruit d’une politique d’attraction et d’attractivité. Or il ne peut y avoir d’attractivité s’il n’y a pas de promotion du territoire.

Le développement d’une marque est très important. Avec Metz Métropole, Metz a lancé sa marque. Je crois que c’est une excellente chose mais on ne peut dissocier Metz de la Moselle, tout comme Nancy et la Meurthe-et-Moselle ne peuvent travailler de façon éloignée. Dès lors, nous nous sommes engagés dans une démarche impliquant les 5 grands territoires mosellans et les 33 intercommunalités (demain 23 intercommunalités) que nous allons construire cette agence d’attractivité. Elle se fera avec les chefs d’entreprises et les acteurs touristiques. Nous en avons fait le tour, tous nous ont dit vouloir participer à cette démarche. L’agence d’attractivité sera créée en Moselle au 1er janvier 2017.

Vous demandez aux intercommunalités d’adhérer pour la somme de 1,5 euro par habitant. Ont-elles toutes répondu favorablement ?

Non, pour l’instant nous attendons les délibérations. 1,5€ par habitant, c’est le prix qu’il faut payer pour soutenir le développement économique du territoire.

Pensez-vous convaincre tout le monde ?

Non, pas tout le monde.

On vous sent pourtant très volontariste sur cet enjeu…

Nous avons fait trois fois le tour du département et des intercommunalités. La première fois, je les ai réunies pour leur présenter mon projet. Le Vice-président du Département et maire de Sierck-les-Bains, Laurent Steichen a fait le tour au mois de juillet de toute les intercommunalités. J’ai, pour ma part, il y a deux mois rencontré toutes les intercommunalités où il fallait apporter des informations complémentaires. Je fais aujourd’hui le constat qu’elles ne viendront pas toutes.

Le territoire de Metz Orne semble encore quelque peu rétif. Avec sa propre marque de territoire Inspire Metz, la capitale mosellane pense peut-être que cela devrait suffire. Les discussions sont–elles toujours ouvertes ?

Je crois qu’il ne faut jamais fermer les discussions. Je crois que les choses évolueront et l’on verra bien que nous avions raison. Qu’ils fassent la promotion de Metz, c’est légitime et normal. Metz, c’était la capitale de la Lorraine. Elle ne l’est plus désormais. Mais elle est la capitale de la Moselle. Cela doit être affirmé et ce, dans une démarche partenariale. Néanmoins, s’agissant du territoire de Metz-Orne, nous pouvons déjà compter sur l’adhésion des communautés de communes des Rives de Moselle chère à Julien Freyburger à Jean-Claude Mahler et celle du Pays Orne-Moselle, chère à Lionel Fournier.

La fin du Moselle Open est visiblement un coup dur pour l’image de la Moselle et pour cette attractivité que vous défendez…

Je suis surpris d’entendre tous ces gens parler d’attractivité, de rayonnement et de place de la Moselle dans le concert des compétitions départementales et régionales et laisser partir et disparaître un événement qui a une renommée et un rayonnement mondial et j’insiste sur le mot « mondial ». 150 chaines de télévisions à l’échelle de la planète ont retransmis la finale. Je suis convaincu que Lucas Pouille, qui a gagné, fera parti du Top 10 dans les 10 ans. Aujourd’hui cet événement disparaît parce que les collectivités n’ont pas suivi.

D’autres partenaires ont laissé entendre que ce tournoi allait subir de plein fouet, l’année prochaine, la concurrence d’un très gros tournoi sur Prague le déclassant de fait. Les propriétaires du Moselle Open auraient plutôt bien manœuvré en le vendant à temps à Taïwan tout en dégageant au passage quelques bénéfices. Qu’en pensez-vous ?

Je suis surpris de vous entendre évoquer un argument d’un élu socialiste du conseil municipal de Metz se satisfaire que l’on ait vendu un tel événement et que le grand Capital se soit enrichi avec la vente d’un événement sportif qui avait une vocation sociale et économique. Lorsque j’entends cela, je vous assure que j’en perds les bras. Moi je peux vous dire que la raison est la suivante : il n’y avait pas de visibilité. Moi j’ai signé un document qui disait que l’on était prêt à suivre dans une démarche triennale.

J’aurais aimé que la ville de Metz le fasse. J’aurais aimé que la région Grand Est le fasse. Parce que, lorsque que cet événement sera parti, il ne reviendra plus. C’est l’évènement le plus important de la grande région. Citez-moi un autre événement de cette envergure… J’ai rencontré à plusieurs reprises les partenaires de ce tournoi. Si les collectivités locales avait accompagné de façon dynamique cet événement, il serait et il aurait encore été d’actualité durant très longtemps, à Metz et en Moselle. Moi, je compte sur l’ATP pour ne pas accepter ce transfert.

itw patrick weiten (© Luc Bertau)

« Metz, c’était la capitale de la Lorraine. elle ne l’est plus désormais. Mais elle est la capitale de la Moselle. cela doit être affirmé et de, dans une démarche partenariale. » À propos de la future Agence d’attractivité mosellanne.

À propos de l’idée d’une métropole Metz-Thionville, quelle est votre position sur ce dossier ?

Vous le savez, on me fait porter le poids d’un refus total concernant la métropolisation Metz-Thionville. Ce qui n’est pas le cas. Moi, je pose des questions car je pense qu’aujourd’hui, sur nos territoires, on n’a pas le droit de se poser des questions. La métropolisation ? Pour quoi faire ? Pour quel projet ? Comment le citoyen va se positionner ? Je pense que l’on a un mal en France, celui qu’il faut institutionnaliser les structures pour enfin commencer à se parler et à se rencontrer. Il faut savoir que les 280 maires du territoire de la métropole Metz-Thionville n’ont jamais étaient réunis, ni par Thionville, ni par Metz, ni par Metz Métropole. Cela commence déjà par cela.

Qui pourrait les réunir ?

Celui qui veut prendre l’initiative. Je n’en sais rien mais c’est une vraie question qui se pose parce que tout le monde parle dans son coin. Moi je pense qu’il faut un moment essayer de rassembler tout le monde.

La personne qui les réunirait ferait un acte politique très fort qui peut, d’une certaine façon, aussi le démasquer sur ses ambitions…

Peut être, mais moi je crois plus à la démarche de proximité et ensuite dans un développement comme le dit le maire de Thionville Pierre Cuny. Je suis tout a fait d’accord avec lui : le nord-mosellan a besoin de se fédérer. Que l’on parle du G6 institutionnalisé ou pas, peu importe. Il faut que les 6 intercommunalités du nord-mosellan se rencontrent, se parlent et réfléchissent à des projets communs tels que l’abattoir, la piscine, la mobilité, les relations transfrontalières… Une fois le G6 organisé, idem pour le Pays de l’Orne, le Sud messin, nous pourrons travailler avec les intercommunalités.

Se dire « parce que les autres font le grand saut, il faut que qu’on le fasse aussi » s’apparente à un grand saut dans le vide car nous ne disposons d’aucun contexte de projet d’aménagement du territoire. Les transports fonctionnent mal ? Mais les transports seront de la responsabilité de la Région ! Il nous faut avoir un meilleur service à la santé ? Mais on dispose déjà du CHR Metz Thionville… On nous parle d’université mais nous avons déjà l’Université de Lorraine ! Ce qui veut dire, au final, que ceux qui parlent de cela méconnaissent les politiques publiques. Il importe de procéder d’abord à un état des lieux et commencer vraiment à travailler ensemble.

Cela ne date pas tout a fait d’aujourd’hui mais vous avez choisi il y a quelques mois de rejoindre le Parti radical…

Oui.

Vous êtes centriste ?

Profondément.

Vous êtes démocrate-chrétiens de tradition. Le Parti radical, c’était un choix naturel évident pour vous ?

J’entretiens depuis longtemps d’excellentes relations avec Laurent Hénart et André Rossinot. J’ai soutenu Laurent Hénart au moment des élections régionales en 2010. Je pense que le Centre peut se structurer autour du Parti radical et ce, de par son histoire car c’est le plus vieux parti de France, de par ses traditions et de par sa volonté, chère à Robert Schuman, d’avoir une France fédérale, une France des territoires. Je m’y retrouve complétement. J’ai adhéré et je suis d’ailleurs le coordinateur pour le Grand Est. Je siège également au bureau politique. J’y ai donc pris des responsabilités et cela me va bien car c’est un parti de réflexion. Nous avons rédigé ensemble le Manifeste du Parti radical.

Il s’est trouvé récemment que le Parti radical et vous même, par un communiqué de presse, avez décidé de soutenir Alain jupé à la primaire de la Droite. On a entendu Nicolas Sarkozy menacer les élus de l’UDI, en tout cas ceux qui ont décidé de soutenir Alain Juppé. Qu’en pensez-vous ?

S’il pense faire peur ou ébranler l’action et l’attitude républicaine ou démocratique des candidats, il se trompe parce que, lorsqu’il dit cela et plus fort il le dira, plus importante sera ma conviction que j’ai raison. Car que je crois qu’il faut qu’il laisse la démocratie s’exprimer et que nous avons le droit de penser autrement. Je n’ai aucune inquiétude même si, sous sa présidence, les Républicains ont décidé d’investir une candidate face au député sortant que je suis sur ma circonscription de Thionville et cela s’est fait même à l’encontre de la volonté de la personne qui est venue me voir en me disant : « je suis prête à me mettre à tes cotés, je n’ai pas revendiqué cette investiture » Je pense que le duo Sarkozy-Morano n’a certainement pas été étranger à cette décision…

Propos recueillis par Jean-Louis Baudoux de Radio Jérico
et Aziz Mébarki du mensuel L’Estrade.
Retrouvez en podcast l’intégralité de l’entretien
de l’émission Politiquement Vôtre sur radiojerico.fr