Cerveau aux abonnés absents. Insomnie… Ce sont quelques-uns des symptômes des victimes de l’épuisement professionnel. Le Burn out, une maladie qui connaît un regain de forme avec la crise.

Burn-out (© 123RF)3,2 millions d’actifs français, soit plus de 12% de la population active, seraient « en risque élevé de burn out » à en croire une récente étude réalisée par Technologia, un cabinet de prévention des risques au travail. Le burn out est un état d’épuisement mental, physique et émotionnel grave. Différents types de symptômes le caractérisent : épuisement physique et intellectuel, augmentation de l’agressivité dans les rapports humains, désintérêt, cynisme, perte de l’enthousiasme pour le travail… « Le cerveau passe finalement aux abonnés absents. La mémoire fait défaut. Tenir une conversation est pénible. Défile alors un cortège de douleurs disséminées : allergies, douleurs, insomnies, excès de boissons, infections, fractures, accidents, cancers et dépression, dépendance aux anxiolytiques, à l’alcool, problèmes familiaux (enfants perturbés, mariage à la dérive) et parfois suicide », explique Patrick Mesters, directeur European Institute for Intervention and Research on Burn Out (EIIRBO – www.burnout-institute.org) et auteur de Vaincre l’épuisement professionnel (Éditions Laffont, Paris).

Le burn out est d’une certaine manière l’explosion d’un malaise qui couve souvent depuis longtemps. Il survient après de longs mois ou années d’exposition à des situations à haute densité stressante. Du même coup, ce ne sont pas quelques jours de congé ou adopter les grands principes de la méthode Coué qui vont y changer quoi que ce soit. «De la même manière, quitter son emploi et postuler ailleurs dans l’urgence est, sauf exception, une erreur. Le premier interlocuteur est le médecin de famille. S’il est sensible à l’écoute, il joue un rôle important car il aide à faire la différence entre la part des plaintes qui relève d’un problème de santé physique et celle qui correspond à une souffrance psychologique. Un bilan de santé général est souvent souhaitable. Le médecin est à même de proposer un arrêt de travail, ce que le candidat au burn out refuse régulièrement sous le couvert de motifs variés. Le psychologue ou le coach qui aide à réintégrer le milieu du travail, après avoir aidé à analyser les stratégies professionnelles qui, jusqu’alors, avaient conduit au succès et qui se révèlent soudain destructrices, sont également des partenaires susceptibles d’aider le salarié à renouer avec lui-même», explique le spécialiste.

Il est assurément grand temps d’en finir avec les « petits chefs » adeptes du TTU comme « très, très urgent ! 

Mais encore faut-il que l’entreprise accepte, elle aussi, de se remettre en cause en revoyant ses méthodes de travail et surtout de management. « Elle ne doit pas être désignée comme la grande responsable du malaise des salariés. Elle doit composer avec une situation économique compliquée, surtout actuellement, souligne Patrick Mesters, mais elle doit davantage se préoccuper du bien-être de ses employés. » Parce que c’est insupportable que des personnes en arrivent à se donner la mort à cause de leur job. Mais aussi car, dans la grande majorité des cas (moins dramatiques), le burn out d’un salarié a un coût exorbitant. Le montant de 20 milliards d’euros est avancé dans l’Union européenne. «L’épuisement professionnel touche surtout les meilleurs éléments, ceux qui s’impliquent le plus dans leur travail. Des bosseurs enthousiastes et motivés qui dévissent notamment quand à la surcharge de travail s’ajoute le manque de considération et de soutien de la hiérarchie. Leur absence est très préjudiciable alors même que la pression est souvent justifiée par le besoin de gagner en compétitivité», précise le spécialiste. D’où l’importance de soigner l’environnement de travail (ce qu’impose la loi !) mais également de repenser le management. Il est assurément grand temps d’en finir avec les « petits chefs » adeptes du TTU comme « très, très urgent ! »