(© Vianney Huguenot)
Le commissaire Coudrelier reprend du service à l’Hôtel de Police de Metz pour une 2ème enquête qui le mènera hors des murs de la ville. L’assassinat d’un proxénète sans envergure va l’obliger à plonger dans le passé douloureux de la Moselle et de la France et le confronter à sa propre histoire qu’il croyait pourtant connaître. Mémoires vives pour lettres mortes de Raoul Nèje, éd. des Paraiges.

La première partie du récit s’ouvre sur la mort de la femme de Gabriel Coudrelier. Il encaisse très mal le choc, il perd pied, se perd lui-même. Le premier tiers du roman décrit sa chute dans les abysses de la tristesse et son retour au monde des vivants, une sorte de rédemption. Soutenu par des flics qui l’admirent, il reprend son boulot d’enquêteur, muté aux Mœurs. Les premiers temps sont difficiles, ses nouveaux collègues ne sont pas tous à la hauteur, des ragots circulent, notamment sur la façon dont un certain Beugnot aurait résolu une affaire de meurtre de deux enfants assassinés à Montigny deux ans auparavant. Le désigné coupable, un mineur, aurait été sauvagement manipulé par Beugnot et son équipe pour obtenir des aveux forcés (vous comprendrez aisément à quelle célèbre affaire il est fait allusion ici…) Bonjour l’ambiance ! 

Coudrelier se lance dans une nouvelle enquête : le corps d’un proxénète est retrouvé dans la Moselle. Gilles Ceznik a été assassiné de la même façon que le père de l’une de ses prostituées d’origine malienne. Coudrelier fait de fréquents allers-retours entre Paris et la Lorraine, entre le passé et le présent et ses investigations vont le mener sur les traces de l’histoire coloniale de la France. Alors qu’il n’a pas encore vraiment achevé son deuil, il reçoit une lettre de sa mère qui lui fait d’étranges révélations.

Le lecteur comprend que le sujet, le cœur de ce roman est Gabriel Coudrelier. On déroule le fil de sa vie et de ses origines. La véritable enquête est là et nécessite de la patience. Le rythme de la narration est inhabituellement lent pour un roman policier. Lent mais pas ennuyeux : chaque chapitre fourmille d’anecdotes, de morceaux d’Histoire, d’émotions. Un livre à savourer mot à mot.