SORTIE LE 13 FÉVRIER

Dans la famille des biopics, celui réalisé par Adam McKay vaut surtout pour la performance de Christian Bale, qui incarne un Dick Cheney plus vrai que nature dans Vice. Habitué aux métamorphoses, l’acteur britannique est méconnaissable dans la peau de cette éminence grise controversée sous le règne de George W. Bush.

C’est peut-être le film qui manquait à sa déjà riche carrière pour décrocher l’Oscar du meilleur acteur. Rompu aux transformations physiques (lire autre texte), Christian Bale signe une performance de haut calibre dans le nouveau long-métrage d’Adam McKay, Vice, consacré à un technocrate puissant et controversé : Dick Cheney. Pour se glisser dans la peau de celui qui fut vice-président sous le règne de George W. Bush, de 2001 à 2009, le Britannique a pris 20 kilos et s’est rasé la tête, mais a aussi dû endurer de longues heures de maquillage pour créer l’illusion. De gros efforts qui pourraient porter leurs fruits lors de la grande cérémonie hollywoodienne le 24 février prochain à Los Angeles. Outre-Atlantique, les critiques ont en tout cas tenu à saluer sa composition, à l’instar du site spécialisé Variety, qui a qualifié l’ex-Batman de virtuose. « Il saisit le personnage de Dick Cheney, sec, caustique, faussement terne, avec un tel brio qu’il s’approche de la perfection. » L’intéressé a dû apprécier. Les rôles d’Amy Adams, dans la peau de Lynne, épouse ambitieuse de Dick Cheney, de Sam Rockwell (La ligne Verte, Three Billboards, les panneaux de la vengeance), dans celle d’un George W. Bush un peu perdu dans les arcanes du pouvoir, mais aussi de Steve Carell (Bienvenue à Marwen, La bataille des sexes), sous les traits de Donald Rumsfeld, autre faucon décrié chez les néo-conservateurs de l’époque, ont aussi eu droit à des éloges de la presse.

Cette dernière s’est montrée en revanche plus nuancée envers le film d’Adam McKay – qui avait exploré le scandale des subprimes dans The Big Short – certains critiques dénonçant une vision trop caricaturale et superficielle du vice-président, « transformé en méchant de dessin animé » selon le magazine Time, qui apparaît comme un prédateur politique assoiffé de pouvoir dans ce long-métrage aussi divertissant qu’instructif. Pour mémoire, Dick Cheney fut notamment pointé du doigt pour ses déclarations mensongères sur la présence d’armes de destruction massive en Irak – prologue de la désastreuse seconde guerre du Golfe en 2003 – ou sa justification de la torture, pudiquement qualifiée de « techniques d’interrogatoire améliorée ».

La mise en scène, loin des conventions, pourrait aussi surprendre et déstabiliser le spectateur, à l’image de ses nombreux flash-backs ou de ses apparitions surréalistes au beau milieu du récit… Une construction audacieuse pour un projet à la résonance contemporaine, comme l’a souligné Steve Carell, selon lequel, « les spectateurs vont forcément faire le lien entre le passé et ce qui se passe en ce moment », dans une Amérique coupée en deux sous le règne d’un autre personnage controversé du pouvoir… mais président cette fois.


Bale le caméléon

S’il y a bien un acteur qui ne recule devant aucune transformation physique, c’est bien Christian Bale. Qu’il s’agisse de prendre du poids ou d’en perdre de façon extrême, l’acteur s’est toujours pleinement investi dans ses rôles. Méconnaissable dans celui de Dick Cheney, où il s’est alourdi de près de 20 kg, il l’était tout autant dans American Bluff, sorti en 2013, où il incarnait un escroc bien en chair. Dans un autre genre, il avait dû prendre du muscle pour la trilogie Batman signée Christopher Nolan, ou encore se tailler une silhouette de rêve pour devenir Bateman dans American Psycho (2000). Ses métamorphoses les plus impressionnantes  sont à mettre à l’actif de Fighter (2010), aux côtés de Mark Wahlberg, où jouait un personnage accro à la drogue, et surtout de The Machinist, en 2004, dans la peau d’un ouvrier insomniaque en proie à des hallucinations. Pour ces deux rôles, le Britannique était apparu très amaigri, à l’instar de Matthew McConaughey dans Dallas Buyers Club (2013), un autre comédien caméléon !