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En janvier prochain, Matthieu Otto tentera d’apporter un 9e Bocuse d’Or à la France. Un challenge à la hauteur de la détermination accolée à ce jeune chef officiant depuis 8 ans à l’Auberge Saint-Walfrid de Sarreguemines.

Qu’un chef tombe dans une marmite, rien de plus normal. Celle qui a nourri le destin de Matthieu Otto exhale les parfums d’une enfance marquée par les plats mijotés par sa grand-mère puis sa mère. Difficile de dissocier le savoir-faire de l’émotion, ou de l’affectif, chez ce créatif doublé d’un passionné, dont le nom est synonyme d’espoir depuis plusieurs mois pour la France gastronome. Car si le Sarregueminois – qui a fait ses premières armes au Ritz, aux côtés de Michel Roth, autre Lorrain notoire – est sous le feu des projecteurs, c’est parce qu’il défendra les couleurs tricolores lors de la finale mondiale du Bocuse d’or (lire ci-contre), une compétition demandant beaucoup de concentration et d’efforts, qui se tiendra à Lyon les 29 et 30 janvier prochains. On connaîtra alors le pays successeur des États-Unis, vainqueurs en 2017 de cet évènement bisannuel.

La présence de Matthieu Otto à un concours culinaire n’a rien de surprenant. Animé d’un esprit combattif et d’une belle détermination, le sous-chef de l’Auberge Saint-Walfrid à Sarreguemines possède un réel appétit en la matière. Outre le Bocuse d’or et de bronze France, remportés en 2017 et 2016, ainsi qu’une 5e place à la sélection européenne organisée à Turin en juin dernier, le natif d’Alsting, près de Forbach en Moselle, a mis la main sur le Prix Taittinger, le Cristal Michel-Roth, le Trophée Paul Haeberlin et le Trophée Henri Huck.

Le jeune chef de 32 ans, qui compte parmi ses plus fidèles soutiens son épouse Aurélie, bénéficie aussi de l’expérience et des conseils de quelques-uns des Meilleurs Ouvriers de France, à commencer par François Adamski (l’ancien chef de l’Abbaye Saint-Ambroix à Bourges), président de la Team France et Bocuse d’or 2001.

Le jour J, les candidats devront réaliser un « carré de veau sous la mère 5 côtes premières » (en hommage à Paul Bocuse), avec pour consigne de « transformer cette pièce classique en chef d’œuvre », dixit Régis Marcon, président du Comité international d’organisation. Mais aussi, en guise d’entrée, une chartreuse de légumes avec un ragoût de coquillages. À Matthieu Otto de transformer cette assiette alléchante en trophée succulent.


BOCUSE D’OR : L’INTENSE PRÉPARATION

Le gratin de la cuisine a rendez-vous fin janvier 2019 à Lyon, où se tient depuis 1987 la finale du Bocuse d’or, l’équivalent d’une coupe du monde de la gastronomie. Dans le camp tricolore, tous les regards seront tournés vers Matthieu Otto, qui a dû passer par les sélections française et européenne pour accéder à cette apothéose culinaire où 24 pays rivaliseront de créativité. Désormais, tous les espoirs sont permis pour le second du chef étoilé Stéphan Schneider à l’Auberge Saint-Walfrid de Sarreguemines en Moselle, avec pour source de motivation la possibilité d’offrir à la France un 9e trophée, après le sacre de 2013.

Un succès qui serait au passage un bel hommage à Paul Bocuse, fondateur de ce prestigieux concours, disparu le 20 janvier dernier.

Parrainé par Michel Roth et entraîné par deux pointures de la gastronomie, Romuald Fassenet et Yohann Chapuis, Matthieu Otto ne vit que pour ce rendez-vous depuis octobre. À l’instar d’un sportif de haut niveau, rien n’a été laissé au hasard dans sa préparation, qui inclut un coaching mental (pour faire redescendre la pression) et des séances sportives… mitonnées par l’ancien cycliste Florian Rousseau, multiple champion du monde sur piste. Pour l’intéressé, la compétition ne doit pas occulter l’aventure humaine. « L’important est d’y aller serein pour profiter au maximum de cette expérience. La cuisine doit rester un moment de partage et de rencontres, comme un bon repas en famille ou entre amis. »