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L’antique cité du sud de l’Italie n’a pas volé son surnom de « Jérusalem de l’Ouest ». Troisième ville la plus ancienne au monde après Alep et Jéricho, Matera livre aux regards ébahis un décor biblique, constitué d’habitations troglodytes qui ramènent le visiteur dix mille ans en arrière. Magique !

Nous n’aurions certainement pas écrit cet article dans les années 50. A l’époque, Matera, c’était pas très vendeur, et encore moins glamour. Ses habitants vivaient dans des grottes millénaires (dont les premiers occupants remontent à la Préhistoire), sans eau courante ni électricité, avec leurs ânes et leurs chèvres. Cette pépite située à quelques heures de Naples trainait sa misère et sa décrépitude comme un boulet. Une honte nationale, grinçait-on à son sujet. On repassera pour la brochure touristique.

Les choses ont bien changé depuis pour celle qui est passée de paria à gloire culturelle (lire ci-dessous). On la surnomme « la Jérusalem de l’Ouest », et elle considérée comme une des plus vieilles cités au monde à avoir constamment été habitée. « Une ville de Palestine égarée au sud de l’Italie », écrivait Le Monde dans un article paru en 2007. Du haut de ses 10 000 ans, cette Bethléem européenne a l’air tout droit sortie d’un décor de cinéma. Mel Gibson et Pier Paolo Pasolini ont d’ailleurs filmé son relief étonnant pour La passion du Christ et L’Évangile selon saint Matthieu. Visiter Matera, c’est évoluer dans un autre monde. « Quand on y met les pieds, on a la drôle de sensation de pénétrer dans une crèche vivante », a écrit une blogueuse sous le charme de cette localité de quelque 60 000 âmes, où cohabitent passé et modernité, notamment l’art contemporain, très présent.

Ce que l’on visite à Matera ? Les fameux Sassi bien sûr, ces quartiers synonymes de remontée dans le temps. Un enchevêtrement de maisons creusées dans le roc et reliées entre elles par un lacis de ruelles étroites. Condamnés à l’oubli, ces logements insolites ont fini par retrouver une seconde vie, sous l’impulsion des autorités et avec le concours d’étrangers qui ont investi dans leur rénovation. Hier montrées du doigt, elles font aujourd’hui la fierté de la région de la Basilicate. Certaines se sont muées en coquettes boutiques et trattorias, d’autres en lieux d’expositions ou hôtels de luxe, dans le respect de l’architecture troglodyte, à l’image du MUSMA, le plus grand musée italien dédié à la sculpture. Matera compte aussi plus d’une centaine d’églises rupestres, construites entre le 8e et le 12e siècle, où l’on peut admirer des fresques d’inspiration byzantine, miraculeusement conservées, comme celle que recèle l’église Santa Lucia alle Malve. Sans oublier des palais baroques, comme l’emblématique palais Lanfranchi (17e siècle), qui fut jadis un lycée d’études classiques et abrite aujourd’hui le musée d’art médiéval. Le quartier de Civita (le plus ancien) mérite aussi un détour, notamment pour son Duomo, la cathédrale de la Madonna della Bruna et de Sant Eustachio, de style roman apulien (construite de 1230 à 1270), avec sa rosace centrale, son majestueux campanile de 52 mètres, sa crèche napolitaine ou encore sa fresque représentant une madone de style byzantin. La visite du château Tramontano (16e siècle), perché sur la colline Lapillo, offre quant à elle une belle vue panoramique sur le centre historique, même si on est loin du spectacle garanti par le belvédère di Murgia Timone. Sans doute le meilleur endroit pour s’imprégner de l’atmosphère et l’ambiance de cette ville hors norme. En particulier à la nuit tombée, quand les façades illuminées décuplent la magie ambiante. Aussi bon à consommer que le fameux fromage Matera, une spécialité de la région au goût inimitable.


2019 millésime grand cru

Le compositeur britannique Brian Eno sera de passage à Matera le 18 juillet, pour l’avant-première de son nouveau spectacle Apollo Soundtrack, célébrant le 50e anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la lune.

Le compositeur britannique Brian Eno sera de passage à Matera le 18 juillet, pour l’avant-première de son nouveau spectacle Apollo Soundtrack, célébrant le 50e anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la lune.

Il était écrit que 2019 ne serait pas une année comme les autres pour la cité plurimillénaire. Capitale européenne de la culture, un titre qu’elle partage avec la Bulgare Plovdiv, Matera a mis les petits plats dans les grands. Le coup d’envoi des festivités, le 19 janvier dernier – en présence notamment de Sergio Mattarella, président de la République italienne – avait donné le ton, avec un concert d’envergure réunissant 2019 musiciens.

Première ville du sud de l’Italie à être honorée de la sorte, la localité méridionale a vu sa notoriété exploser depuis son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1993. Rien qu’entre 2010 et 2017, le nombre de touristes a cru de 170 % ! Et ce n’est pas le millésime épicé de 2019 qui inversera la tendance. Le menu concocté est en effet calorique, avec 300 spectacles disséminés un peu partout sur le calendrier, dont 4 grandes expositions internationales. L’une d’elle, baptisée Ars Excavandi, plonge le visiteur au cœur des civilisations rupestres au Musée archéologique national Domenico Ridola (jusqu’au 31 juillet). Un voyage à travers les ères, du paléolithique au 21e siècle, entre art, architecture et archéologie, mais aussi entre passé et présent.

Parmi la pléthore d’artistes invités à ce grand banquet culturel, la prestation du compositeur britannique Brian Eno est à mentionner. La légende de la musique électro sera de passage à Matera le 18 juillet, pour présenter, en avant-première mondiale, son nouveau spectacle, Apollo Soundtrack, célébrant le 50e anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la lune. Parfait pour léviter.