Jean-Luc Bertini©  Flammarion
par Sylvain Villaume

Alors que de nouveaux attentats viennent de frapper la France, Marc Trévidic publie chez Flammarion Le roman du terrorisme, un livre qui retrace l’histoire de ce fléau pour en connaître les mécanismes. Un récit dans lequel le magistrat abandonne le seul terrain du droit pour celui de l’Histoire, en faisant parler le terrorisme lui-même.

Un professeur d’Histoire décapité à la sortie du collège, à Conflans Sainte-Honorine, dans les Yvelines, le 16 octobre, quelques jours après y avoir donné un cours sur la liberté d’expression. Trois morts à Nice dans une attaque à l’arme blanche, le 29 octobre, au cœur de la basilique Notre-Dame de l’Assomption. La France s’apprêtait à commémorer les 5 ans des attentats de novembre 2015 à Paris (131 personnes tuées, plus de 400 autres blessées), que le terrorisme islamiste la frappait de nouveau. En prévision de ce si sombre anniversaire, un livre paraissait alors pour tenter d’expliquer la logique terroriste à la lumière de l’histoire. Ce livre, Le roman du terrorisme, aux éditions Flammarion, est l’œuvre de Marc Trévidic, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes français des filières islamistes. 

Pendant 10 ans, de 2006 à 2015, la durée maximale à ne pas dépasser pour occuper certaines fonctions spécialisées suivant le règlement du ministère de la Justice, Marc Trévidic a été juge d’instruction au pôle antiterroriste. Il s’était auparavant déjà frotté au sujet en tant que procureur, pendant trois ans. Aujourd’hui, après un passage par le tribunal de grande instance de Lille, c’est en tant que président de chambre à la cour d’appel de Versailles qu’il exerce, mais c’est toujours la question du terrorisme qui place ce magistrat médiatique sur le devant de la scène. Son dernier essai y contribue grandement, en même temps que l’actualité. Un précédent, Terroristes, les 7 piliers de la déraison, paru en 2013 chez Lattès, avait rencontré un succès retentissant. La France l’ignorait, deux années la séparaient alors d’un cauchemar qui, depuis, ne l’a guère abandonnée, ou jamais très longtemps.

Comme en écho au 7 piliers de son précédent livre, Marc Trévidic construit son roman du terrorisme autour de 7 préceptes, comme autant de parties d’un véritable discours de la méthode terroriste. Conduire ce récit à la première personne, dire « je » pour incarner le terrorisme et, ainsi, personnifier l’un des pires dangers de notre temps, admettons-le, le parti-pris présentait des risques. Le magistrat les évite et relève même le défi avec brio, tant le propos est documenté et l’écriturew limpide, jusque dans l’ironie grinçante qui préside à certaines démonstrations. Marc Trévidic s’appuie ainsi sur la longue histoire du terrorisme, qu’il maîtrise à la perfection, pour livrer un récit aussi convaincant que glaçant. Un récit, tant qu’à (bien) faire qui commence au point de départ, par la naissance du terrorisme située en Perse au XIe siècle. « Percer les mystères de la Perse ! Pour vous âmes occidentales, c’est aussi difficile que de faire passer un dromadaire dans le chas d’une aiguille », prévient le préambule, mais c’est pourtant ce que va réussir l’auteur page après page, précepte après précepte, puisant ses exemples aussi bien en Irlande qu’en Corse, en Iran comme en Palestine, convoquant Mandela ou Arafat, al-Qaida et l’ETA, s’appuyant sur le lointain passé autant que sur l’actualité encore brûlante, parfois avec un rare cynisme comme lorsqu’il évoque le projet de François Hollande en réponse aux attentats de novembre 2015 : la déchéance de nationalité « C’était donc la grande idée du président de la patrie des droits de l’homme : me faire l’honneur de changer la Constitution de son pays et admettre à la face du monde mon efficacité. J’ai le pouvoir de faire changer la Constitution d’une grande démocratie », fait dire Trévidic au terrorisme cynique et triomphant.

De la cause à poursuivre à l’organisation à mettre en place, en passant par l’ennemi à désigner ou les héros à se trouver, Le roman du terrorisme dissèque non seulement une méthode d’action, mais aussi un mode de pensée. Le meilleur moyen non pas tant de comprendre, car tout n’est pas rationnel, mais de connaître.

 

Le roman du terrorisme de Marc Trévidic, Flammarion.

256 pages, 21 euros

Le roman du terrorisme Marc Trévidic Flammarion