… Mieux, tout s’explique. Pourfendeur des anachronismes et raccourcis, adepte de la nuance et de « la profondeur de champ », Marc Houver publie Moments clés de l’histoire européenne chez Indola Éditions. Servi par un plume raffinée et un graphisme plaisant, l’ouvrage offre aux lecteurs « un regard distancié » sur les faits et sur les hommes qui les tissent, les décousent ou les raccommodent, de Saint Augustin à Bobby Sands, du traité de Verdun de 843 à la crise des Euromissiles des années 1970 et 80. Né à Sarreguemines, enfant du Thionvillois, ce « gars de l’est », aujourd’hui directeur général des services du Conseil départemental de la Moselle, n’oublie pas la vieille tradition cheminote familiale. Cet atavisme éclaire son étonnant parcours, son attachement au service public et son « plaisir de transmettre ».

 

Au Département de la Moselle, il n’est pas le dirlo auquel on colle une tape dans le dos. « J’aime les gens sérieux, ceux qui vont au fond des choses ». Un côté Père la rigueur côtoie le verso jovial et philosophe du personnage : « Je savoure chacune des secondes de ma vie. Quand je me lève le matin, je constate, et c’est tout bête, que je suis vivant ». On s’interroge naturellement sur une vie si peuplée, au Conseil Départemental et au-delà, au sein d’un monde associatif et mutualiste où il s’engage (il est administrateur d’une banque et du Centre départemental de l’enfance, il fut président de l’IUT de Thionville-Yutz, membre du Conseil de développement de la Communauté d’Agglomération Thionville-Porte de France et élu local).

Quelle place pour le rien-faire ? Question ubuesque, semble-t-il penser. Il n’en dit rien. Le patron des services du Département se décrit ainsi : « Quelqu’un qui contribue à la fois à la rédaction de la partition et à son exécution. Le directeur général doit être le premier violon mais il n’est pas dans l’orchestre. On me dit parfois que j’exerce dans l’ombre. Il y a deux catégories de gens qui travaillent dans l’ombre : les voyous et les super-héros, or je ne suis ni l’un, ni l’autre. Mais il est vrai que je suis dans une activité qui ne correspond pas à un métier d’exposition. Je suis «à côté». Et globalement, ça ne s’arrête jamais, ça commence très tôt, ça termine très tard, samedis et dimanches compris, tout cela à des vitesses différentes » et sur des journées rythmées par des agendas blindés, le sien, celui du président : « ce qui nous unit, le président Weiten et moi, c’est que nous n’avons jamais fonctionné sur des phénomènes de cour et c’est extrêmement rare. Il y a une confiance réciproque ». Marc Houver assure successivement les missions d’assistant parlementaire du député Robert Malgras – en 1983, il a alors 22 ans – chef de service à Woippy, directeur adjoint du Centre Communal d’Action Sociale de Thionville, directeur général des services de Yutz, secrétaire général du Conseil économique et social de Lorraine et directeur de cabinet de son président, directeur général adjoint des services du Conseil régional de Lorraine…

Quand il met en train sa carrière dans la fonction publique, après son diplôme de Sciences Politiques (section service public) obtenu en 1982, le hasard tire au flanc, c’est la tradition familiale qui agit, le cœur qui cause : « Je suis entré dans l’administration par un concours et non par un concours de circonstance. C’est donc tout à fait volontaire. Il y a d’abord un atavisme familial. C’est un peu caricatural de le dire de cette façon, mais pour ma famille, les vrais métiers sont ceux du public. Mon père était cheminot, son frère et son père étaient cheminots et j’aurais dû devenir cheminot. Chez les cheminots, c’est comme chez les mineurs, il existait une transmission de père en fils ». Arrive une conseillère d’orientation qui suggère à ses parents de laisser le jeune homme aller plus loin. Va pour les études supérieures, entamées à l’issue de ce qu’il considère parmi les « trois plus belles années » de sa vie, au lycée Colbert de Thionville : « Il y avait un proviseur qui avait un projet pour son établissement, un censeur, communiste bon teint, toujours L’Humanité dans la poche, qui jouait son rôle de censeur, dans le bon sens du terme, et il y avait des profs très attentifs et engagés auprès de leurs élèves ». Ces enseignants expliquent à Marc et ses camarades qui est ce Colbert qui intitule leur bahut  : « Certes, Colbert c’était le Code noir mais c’est aussi celui qui a contribué à mettre en place la structure de notre pays ».

Le lycée Colbert se nomme désormais lycée Rosa Parks, décision prise suite à une fusion de deux lycées et après un vote des lycéens. Un re-baptême que d’aucuns ont rangé dans le mouvement de la cancel culture. « La cancel culture et cette absence de profondeur de champ me foutent en colère. On en arrive à déconstruire juste pour le plaisir de déconstruire. Même si on sait qu’il n’y a eu aucune avancée humaine sans transgression ». Ne lui parlez pas non plus de la culture du tout-de-suite, « une déviance » encouragée par les réseaux sociaux : « On ne peut juger les gens que dans la durée et à l’aune de tout ce qu’on sait d’eux. Les réseaux sociaux ont mis en évidence une réalité humaine : on est 50% d’exhibitionnistes et 50% de voyeurs et on est tour à tour l’un ou l’autre. Je me méfie de l’immédiateté car elle tue le sens de la nuance ».

Son intérêt pour l’écriture – parlons plutôt d’une passion qui le conduit sur des registres variés, il fut même l’auteur du chant régimentaire du 40e RT de Thionville, chant homologué en 2002 par la Garde républicaine – puise dans son goût de l’art de la nuance. Il dénonce cette même pratique du cliché et du jugement hâtif sur l’administration, « la tête de turc facile », et sur la Moselle, souffrant d’une image encore décalée, « alors que, franchement, Bienvenue chez les Ch’tis, on aurait pu le tourner chez nous ». Ici, c’est le nooooooord-est.


La marque Houver

Dans la vie, dans l’écriture, la technique de Marc Houver consiste à ne fermer aucune porte et cultiver la curiosité. Le temps est son maître. Il cite, pour étayer le credo, ce morceau de Michel Houellebecq : « Je mets un an à rédiger un ouvrage, je ne comprends pas pourquoi mes lecteurs ne mettent pas un an à le lire ». Et salue Aziz Mébarki, directeur des éditions Indola où son livre est publié : « En m’incitant à publier ce livre, Aziz m’a fait un cadeau, celui de gommer un peu ma culture Sciences-Po… là où la France commence en 1789 ! Le fil conducteur de ce livre, c’est l’Europe, mais ce n’est pas juste l’Europe institutionnelle, ni celle des marchands. L’Europe est une entité très ancienne, une communauté humaine qui se construit depuis des siècles ».

Aux côtés des Vikings ou des Templiers, de Thomas d’Aquin, Flaubert, Luther, Spinoza, Solférino ou Churchill, on croise les Lorrains Ferry, Lyautey, Poincaré ou Schuman… Et Aron et Camus, deux piliers du référentiel Houver : « Je n’ai jamais pu être avec Sartre. Raymond Aron, c’est la pensée de la nuance, de la cohérence, il prend l’homme tel qu’il est, pas tel qu’il (se) rêve. Camus, parce qu’il fut écorché immédiatement par la vie, et malgré tout, porte un regard plein d’empathie pour l’homme, mais sans concession ». Livre remarquable ! La très belle et fluide écriture de Marc Houver est valorisée par un graphisme et une iconographie de grande qualité, dont les illustrations de Philippe Lorin.

Voilà un livre d’histoire, assurément, bien que Marc Houver s’en défende, un livre recueil de six ans d’articles publiés dans l’Estrade et fruit d’importantes recherches. Vous avez donc six ans pour le lire… et pouvez éteindre la télévision. 

 

Livre Moments clés de l'histoire européenne Marc Houver

Pour commander l’ouvrage Moments clés de l’histoire européenne

www.lestrademensuel.fr/boutique

Marc Houver sera présent au 18ème Salon du Livre d’Histoire de Woippy le dimanche 21 novembre pour la dédicace de son ouvrage Moments clés de l’histoire européenne.