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À chaque jour qui passe, son cortège de nouvelles images de violences urbaines. Comme si la tension ne pouvait que monter d’un cran chaque fois que l’État cherche à affirmer son autorité. La fronde affichée par une part grandissante de la population, sous prétexte de « loi travail », semble désormais prendre le pas sur les manifestations pacifiques.  Un retournement subit de situation. Parce qu’il y a quelques semaines encore, ce qui intriguait les éditorialistes et les analystes politiques, ce n’était pas la violence. Mais au contraire, l’apparition, dans la panoplie des modes d’expression populaires, d’une forme nouvelle, paisible et inédite en France, baptisée « Nuit debout ».  Dans un premier temps, tout le monde semblait pris de court. Personne n’avait vu venir ces manifestations « apolitiques », nées à la fin du mois de Mars, sur fond d’état d’urgence. Un phénomène aux succès divers certes, mais empli d’une étonnante fraîcheur. Des militants extrémistes qui utilisent des méthodes de voyous pour déstabiliser, plus encore, un gouvernement déjà vacillant ? Ce ne serait pas une première en France… Des sit-in d’un nouveau genre qui sortaient de terre comme les fleurs au printemps. Laissant à penser qu’une fraction de la population souhaitait désormais se réapproprier le réel et le combat politique, à travers une forme revisitée de manifestations publiques. Une nouvelle espérance à laquelle on ne croyait plus, tant on considérait que la population française avait définitivement tourné le dos à la chose publique. Des nouveaux babas cool à l’ère des bobos en quelque sorte. On aurait pu le penser. On aurait aimé le croire.  Même les plus grands philosophes officiels du pays se sont intéressés au phénomène et ont essayé de poser le pied sur cette terra incognita de la nouvelle revendication. Ils ont voulu se forger une opinion sur le sujet, ils n’ont récolté en retour qu’un accueil peu amène des manifestants « Nuit debout ». Comme ce fut le cas par exemple, pour Alain Finkelkraut, reçu sous les lazzis et rapidement expulsé, sans ménagement aucun, de ce nouveau forum politique. Là où le pacifisme était érigé en méthode, s’est très rapidement développé un terreau de violence physique. Le fruit du mal endémique de toutes les manifestations populaires, le débordement par les marges ? Peut-être. Ou alors une de ces provocations policières que tous les pouvoirs du monde ( même les plus démocratiques  ! ) savent organiser pour mieux justifier, en retour, la répression ? L’hypothèse mérite d’être vérifiée. Des militants extrémistes qui utilisent des méthodes de voyous pour déstabiliser, plus encore, un gouvernement déjà vacillant ? Ce ne serait pas une première en France…  Il faut en tout cas en avoir le cœur net, car cela n’a déjà que trop duré. Les centres urbains ne peuvent demeurer aux mains d’individus masqués ou cagoulés, armés de barres de fer ou de matraques. « Casser du flic » et saccager les lieux d’activité marchande et les symboles de la République est tout simplement antinomique de l’État de droit.  Il fut une époque, pas si lointaine (la fin des années soixante dix), où l’on appelait tout simplement ces sinistres individus, des « casseurs ». Une formule sèche et évocatrice comme un pied de biche, l’arme favorite de ces fauteurs de trouble. Elle avait généré, en son temps, l’adoption d’une législation spécifique, la « loi sécurité et libertés », de triste mémoire chez les militants de gauche. Drôle de pied de nez de l’Histoire pour la gauche de gouvernement.