© BPALC

Il vit dans les Vosges, il parcourt le monde, de l’Arctique à l’Antarctique, du Tibet à la Russie, il est l’un des plus réputés photographes naturalistes et animaliers de la planète. Depuis ses douze ans et sa première photo – un chevreuil dans la forêt de Chamagne – Vincent Munier a choisi de « montrer le beau », comme un acte militant. Il expose jusqu’en janvier une soixantaine de ses photos : de l’émotion grand format, à attraper à Metz, au siège de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne.

Dans la carte mémoire de ses expéditions sur les espaces les plus sauvages de la planète, quelques épisodes ont formé des empreintes indélébiles. Quand, dans l’Arctique canadien, une meute de loups blancs s’approche de lui, mordille son pantalon, Vincent Munier vit « l’un des moments les plus forts de sa carrière de photographe ». Il rentre au bercail avec une série d’images rarissimes des fantômes de la toundra. Ou quand, au Tibet, il croise enfin le chemin de la « panthère des neiges ». Ce n’est qu’à la quatrième expédition du photographe qu’elle daignera se présenter. Vincent Munier : « C’est elle qui décide de la rencontre. Je suis persuadé qu’elle m’avait vu dès la première expédition. Comme tous les grands félins, ces animaux ont une maîtrise de leur environnement et d’eux-mêmes, on ne les sent jamais paniqués ». Des rendez-vous de ce genre un peu dingue, le Vosgien en a vécu et provoqué des dizaines, sur toute la planète ou presque, ramenant des photographies exceptionnelles sur lesquelles on lit instantanément sa passion du sauvage et son inspiration chez les minimalistes. Vincent Munier n’est pas un illustrateur de reportages, il est probablement poète, épris de simplicité. Il expose jusqu’en janvier(1) au siège de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne, à Metz. C’est la première fois que le photographe accepte d’occuper les cimaises d’un tel lieu, un siège de banque. Son espace central, empreint de sérénité, a des airs de musée, « un écrin privilégié » qui répond à la volonté de son directeur général, Dominique Wein, d’accueillir des artistes « au cœur de la ville et dans un esprit de partage ». Vincent Munier nous fait découvrir la magie de l’instant, « la photo qui fige un moment miraculeux ». Sobre et percutant. De ces voyages et de ses photographies, sont nés des livres, des expositions, des colloques et un engagement qui semble aujourd’hui plus militant : « On est face à un effondrement et à des choses assez brutales et laides, mais on n’a pas le droit d’être pessimiste. Il faut continuer en ayant l’espoir et le sourire, il faut continuer à montrer l’utilité de cette beauté de la nature, l’utilité de la biodiversité. Il faut dénoncer aussi. Il faut arrêter de déclarer la guerre à la nature, au sauvage, à tout ce qui nous dérange et qu’on veut maîtriser ou éliminer. L’harmonie est vraiment possible, il s’agit juste d’avoir un rythme différent, de cesser de vivre dans un productivisme intense. Le chemin que j’ai choisi, c’est de montrer le beau, mais ce n’est pas suffisant, j’essaie donc d’être un peu plus militant ». Pour le lynx, le loup, l’ours, plus largement pour une cohabitation apaisée homme-animal-végétal. « L’homme est une espèce assez étrange. Bien sûr qu’on peut cohabiter avec tous ces grands animaux. Les conflits auxquels on assiste en ce moment montrent le décalage entre l’homme et tous les autres habitants de la terre. Finalement ceci est révélateur d’une certaine maladie de l’homme, de ne penser qu’à lui. Il faut essayer d’être un peu moins prétentieux, la terre ne nous appartient pas ». L’humilité, by Vincent Munier, est bel et bien de la même racine que l’humus. Il rend au passage hommage à son père : « J’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a éduqué en m’expliquant qu’on entre dans un milieu habité. On n’est pas chez nous, on est dans un lieu où il y a déjà un certain équilibre, il faut y aller sur la pointe des pieds ». Une sensibilité empreinte de modestie, qui ne vaut pas que pour les bouts du monde : « Même tout près de chez nous, en Lorraine, on peut avoir des émotions très fortes à l’observation des animaux. On n’est pas obligés de sauter d’un avion à un autre comme on le fait de plus en plus ». Clin d’œil au chevreuil. Celui qu’il croise dans la forêt de Chamagne, dans les Vosges, alors qu’il a douze ans. Son premier trophée. « J’étais tremblant d’émotion, un mélange de peur et de fascination et j’avoue qu’après ce moment là, je n’ai plus pensé qu’à la photographie et à être au plus près des animaux sauvages ». Vincent Munier a conservé un rapport fort avec la Lorraine et « sa variété de milieux, ses montagnes, ses étangs, ses grands massifs forestiers et ses rivières encore à peu près sauvages ». Comme en écho aux propos de Dominique Wein, qui évoque « la beauté et la fragilité de notre monde », Vincent Munier s’attriste « de ces vieilles forêts vosgiennes qu’on maltraite avec des projets démentiels qui n’ont plus de sens. Revenons à des choses simples ».              

Pour visiter l’exposition Empreinte,
inscription préalable à l’agence de Metz de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne (face à la gare)