Guillaume Wilmin ©DR

Jeune homme cherche paysages à part, gueules d’ailleurs, voix et vents contraires. Derrière la petite annonce, émerge un poète de l’image, inventif et patient, metteur en scène plus que réalisateur. Le Messin Azzedine Brahimi crée des atmosphères, comme d’autres des machines, des livres ou des marches à suivre. Sa signature est un mouvement de caméra presque amoureux, un corps à corps d’ombres et de lueurs, un ton et un rapport au temps bien à lui. Le style Brahimi, artistique, fin, « loin des trucs trop carrés », séduit Gims et son épouse Demdem, pour lesquels il réalise des clips.

Azzedine Brahimi a le tic du type malin qui fait semblant d’en savoir moins que les autres. On le croit transparent, parti, accaparé par sa manie du smartphone, son nez est pourtant là, déjà. Il saisit un lieu en un instant, assimile en un clin d’œil un espace et, à peine atterri, sait le gros des musiques et des morceaux qu’il étalera en vitrine. Un regard suffit, il voit son écran, se fait un film, un premier scénario. Il appelle ça « une base » : « D’autres idées me viennent évidemment en filmant, je change alors mon scénario et j’imagine parfois une autre issue ». De cette capacité d’assimilation ultra rapide, on déduit qu’il a du génie, en tout cas du grand talent et une nature empathique et curieuse. Son parcours révèle aussi un goût de l’exploration rare, une puissance de travail et un apprentissage de l’univers de l’image et du son sur le tas. « Azzedine Brahimi, c’est une belle histoire », résume Didier Bailleux, directeur général de viàMirabelle de 2011 à 2019 : « Lorsque je suis arrivé à la direction de la chaîne, Azzedine était monteur. Il était impressionné par l’univers de la télévision et en même temps il ne demandait qu’à exploser. C’est en lui confiant des missions, notamment de réalisateur, qu’il a progressé. Pour lui, la télévision a vraiment été un tremplin ». Au sein de la chaîne régionale, Azzedine Brahimi a le titre de chasseur d’images et réalisateur (pour des journaux télévisés et les émissions Sur ma route et Mirabelle Gourmande) mais la tête est probablement déjà ailleurs. Il n’en dit rien – toujours ce tic du type malin –, se concentre sur le présent et reluque discrètement d’autres avenirs. Son histoire démarre à Borny, quartier de Metz, avec une belle gueule de sympathique marlou de banlieue. Pour le compte du Département de la Moselle et du Républicain Lorrain, il réalise un film sur l’univers carcéral : « on voulait expliquer que la drogue n’est pas une fatalité ». « Au-delà du bitume » est le titre du film qui l’installe dans un monde de vidéos. Il y bourlinguait depuis longtemps : « J’ai toujours été passionné par la vidéo, tout jeune, j’avais 14 ou 15 ans, c’était bien avant que les réseaux sociaux et leur déferlement de vidéos et de photos éclatent. Je travaillais avec un vieux caméscope. Après Au-delà du bitume, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin ». Il réalise des clips pour des artistes et plusieurs courts-métrages, dont l’un d’eux a pour figurante Geneviève de Fontenay. L’éternelle patronne des Miss a le jeune homme à la bonne et fait l’aller-retour Paris-Luxembourg dans la journée, pour quelques secondes d’apparition sur l’écran made in Brahimi. Séduit aussi par le Messin, un grand manitou de la production ciné… qui lui piquera finalement son scénario (Azzedine Brahimi ne veut pas le citer). La rencontre avec Gims est d’un autre tonneau. Une confiance s’installe d’emblée entre les deux, dès le Nouveau Mexique, lieu de tournage du premier clip signé Azzedine Brahimi et Driss Bouazza. « Gims est quelqu’un de très sympa et très respectueux », témoigne Azzedine Brahimi. « l’image qu’il donne de lui à la télé est une image réelle, il est vraiment comme ça, toujours un mot pour les uns, les autres, un merci, un bonjour, un au-revoir. Ce respect des autres est en partie ce qui fait son succès ». La rencontre avec le chanteur et maître du rap fut organisée par Driss Bouazza, un ami du réalisateur. Il parle d’Azzedine Brahimi au manager de Gims, Gims dit banco à Azzedine et lui donne « carte blanche ». Le jeune Mosellan a déjà plusieurs clips pour Gims à son actif, musicaux ou publicitaires, pour sa marque de vêtements et celle de son épouse Demdem, #Imnotarapper. Le génie agit quand se mêlent images léchées, assemblage magistral, tempo rapide, adapté à la mode du va-vite, et ambiance débonnaire et soucieuse du temps… quelques secondes et un sentiment d’éternité. Azzedine Brahimi écrit la suite de l’histoire, avec un long métrage en cours, l’idée de toujours produire « du décalé » et le sentiment d’avoir franchi une étape décisive : « De plus en plus de grandes marques m’appellent ». La marque AB arrive sur le marché.