SORTIE LE 6 SEPTEMBRE 2017

Exercice périlleux que celui auquel s’est livré Mathieu Amalric en réalisant Barbara. Devant sa caméra, l’icône de la chanson française revit sous les traits de son ex-compagne Jeanne Balibar, qui insinue le doute dans le regard du spectateur. L’actrice et son personnage se confondent dans ce long-métrage aux faux airs de biopic.

« Le film qu’il ne fallait pas faire. » Et pourtant, Mathieu Amalric a osé, foncé, comme d’autres cinéastes avant lui quand il s’est agi de ressusciter sur grand écran une figure disparue de la chanson française. Piaf, Gainsbourg, Cloclo, et plus récemment Dalida, ont sans doute inspiré aux bâtisseurs de leur résurrection cette même confidence teintée d’incertitude.

Sans être un grand connaisseur de cette artiste osseuse et magnétique, comme il l’a confié dans une déclaration à propos de celle dont la voix lui entrait dans la chair (« J’avais juste ces souvenirs qui remontaient à ma petite enfance, des moments de paix familiale dans la voiture quand on écoutait ses chansons. »), Mathieu Amalric a tissé sa toile, emportant dans cette aventure aussi folle que risquée son ex-compagne Jeanne Balibar, dont la ressemblance, accentuée par la prothèse qui lui colle au nez, avec son personnage est troublante, pour livrer au final une œuvre déroutante. Car au lieu d’emprunter le registre linéaire du biopic conventionnel, l’acteur-réalisateur a fait prévaloir cette modernité qui l’habite et l’agite, en proposant un jeu de miroirs vertigineux. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

On passe donc d’une femme à une autre, d’une époque à une autre, dans une mise en abyme d’une féroce efficacité.Au lieu de faire jouer à la comédienne Barbara, il la filme dans le rôle d’une actrice engagée par un cinéaste, George Zand, joué par nul autre que lui-même, pour interpréter la Dame en noir dans un biopic. Et pour mieux brouiller les pistes, il injecte dans cette véritable déclaration d’amour à l’interprète de L’Aigle noir des documents d’archives. On passe donc d’une femme à une autre, d’une époque à une autre, dans une mise en abyme d’une féroce efficacité. Un procédé imaginé conjointement avec son grand complice et écrivain Philippe Di Folco, qui avait déjà collaboré avec lui sur Tournée (2010).

Barbara est bien entendu l’occasion de célébrer les tubes de la chanteuse, comme le viscéral et bouleversant Dis, quand reviendras-tu ?, mais aussi d’extirper de l’anonymat des pièces moins connues. Quant à Jeanne Balibar, elle semble possédée par l’autre dame brune, avec là encore cet effet de miroir étrange entre l’actrice recrutée par Almaric et celle qui l’a été par Zand. On devine qu’à l’instar de son personnage s’évertuant à ressembler à Barbara, elle s’est aussi laissée habiter, et peut-être hanter, par cette icône de la chanson cocorico qui n’a jamais paru aussi vivante qu’en 2017, année du 20e anniversaire de sa mort oblige. D’autant que si la chanteuse s’est aventurée sur le terrain du cinéma en 1971, pour les besoins du Franz de Jacques Brel, l’actrice s’est inventée chanteuse le temps de deux albums dans les années 2000. Barbara et Balibar étaient décidément faites pour s’entendre.


IMITÉE JAMAIS ÉGALÉE

On ne compte plus les reprises de chansons de la Dame en noir. L’année 2017, marquée par des hommages tous azimuts pour célébrer le 20e anniversaire de sa disparition, n’échappe pas à la règle, avec la sortie de deux albums signés Gérard Depardieu et Patrick Bruel. Le premier, qui était un intime et a formé avec elle un duo improbable dans le spectacle Lilly passion en 1986, est allé enregistrer son Depardieu chante Barbara dans la maison de son éternelle amie. L’acteur a aussi donné une série de concerts au théâtre des Bouffes du Nord, accompagné au piano de Gérard Daguerre, un des fidèles de cette artiste insaisissable.

Le second a greffé une tournée (qui l’a mené jusqu’au Québec) à son album Très souvent, je pense à vous, où il interprète les plus grands titres de la Parisienne. Un hommage placé sous le signe de l’évidence pour le comédien-chanteur dont la fascination pour Barbara remonte à l’enfance. L’œuvre de Barbara n’aura cessé de l’accompagner et de l’inspirer durant sa carrière.