Ethiopian Dreams Circus Abyssinia © Andy Phillipson

Coup de projecteur sur l’Afrique et les Caraïbes pour l’édition 2019 de Passages. Au programme, spectacles entre modernité et tradition, regards sur un monde en mutation, croisements des cultures pour un festival de théâtre qui va aussi quitter les planches et investir toute la ville de Metz.

Plus la société semble sensible aux questions d’identités et de migrations, plus le contexte politique international se tend et plus on ressent l’importance d’un festival tel que Passages, tourné depuis sa fondation en 1996 vers les cultures du monde. Faire tomber les frontières, jeter des passerelles entre les peuples a toujours été l’ambition affichée du festival, dont le directeur, Hocine Chabira, se décrit comme « un incorrigible optimiste » : « En marge de beaucoup d’événements qui secouent le monde, et dont les regards des artistes que nous invitons sont le miroir, je me dis que l’existence de Passages est l’un des signes que l’ouverture existe. » Objectif premier de cette édition qui accueille à Metz vingt spectacles issus d’une vingtaine de pays d’Afrique et des Caraïbes : changer le regard sur ces territoires. « L’enjeu est de montrer des artistes aux visions contemporaines, de ne pas faire de l’ethnographie, ne pas conforter le public dans des images de cartes postales » explique Hocine Chabira.

Les deux années qui séparent chaque édition de Passages sont l’occasion pour son équipe de parcourir le monde à la recherche de ces artistes-là, s’exprimant à travers le spectacle vivant sous ses formes les plus diverses. Le spectacle du sud-africain Albert Khoza, danseur, comédien et militant gay, le Musée Bombana de Kokologo, par des compagnies françaises et burkinabé, évoquant la débrouillardise, la fantaisie mais aussi le pillage culturel, ou encore le Cirque Abyssinia, coloré, aux acrobaties époustouflantes, constituent autant de symboles du message de diversité, de modernité et de revendication porté par Passages. « Nous donnons la parole à des artistes qui parlent de leur pays avec engagement et aussi avec poésie. On peut se divertir et s’interroger à Passages, mais quoi qu’il en soit, on ressortira d’un spectacle en voyant ces pays d’un œil neuf » résume le directeur artistique. Les poètes irakiens de la Milice de la culture, les comédiens de Play, spectacle turc hors-normes revisitant Beckett, l’homme déchiré entre ses diverses identités de Babel Guyane sont porteurs de problématiques comme d’esthétiques affirmées.

Le village éphémère installé Place de la République servira de lieu de diffusion pour les spectacles mais accueillera aussi des expositions, des lectures, des projections ou encore des « apéros-déconstruction » où autour d’un verre l’anthropologue et philosophe Serge Mboukou « introduira l’aiguille du doute face au ballon empli de nos mythes, de nos doutes et de nos certitudes ». Des concerts gratuits y seront également organisés. Festival nomade, Passages l’est au propre comme au figuré : de nombreuses structures culturelles messines, de la Cité Musicale au Théâtre Bernard-Marie Koltès en passant par l’Opéra-théâtre, donneront spectacles, concerts et rencontres dans le cadre de la programmation du festival. Et si la jeunesse sera sur scène, comme dans Les Verdicts Guyanais, qui évoque les promesses d’un avenir meilleur faites à une jeunesse guyanaise en partance pour la métropole, ou encore avec le groupe 7son@to, qui revisite la musique gwo-ka guadeloupéenne, elle sera aussi dans le public : 1000 scolaires seront accueillis à Passages pour des représentations et des discussions en amont, pour mieux en comprendre les enjeux. « Il faut prendre le temps de s’emparer du théâtre comme il faut s’emparer des questions d’identités, de droits humains, de colonisation… en cela Passages raconte des histoires universelles qui nous concernent tous. »

Du 10 au 19 mai
Place de la République et partout à Metz.
www.festival-passages.org