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DOSSIER : LUTTE CONTRE LE TERRORISME

L’Union européenne va se doter de nouveaux outils pour lutter contre le terrorisme. Mais sa marge de manœuvre est étroite. La sécurité, la défense ou la police sont avant tout une affaire d’État.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’Union Européenne a pris différentes dispositions afin de mieux lutter contre le terrorisme. Un premier plan, certes timide, avait alors été mis en place. Dès 2004, suite aux attentats de Madrid, l’UE s’est doté d’un coordinateur de la lutte contre le terrorisme (en l’occurrence Gilles de Kerkhove qui est toujours en poste) afin de mieux appréhender le sujet et d’optimiser la mise en œuvre de la stratégie européenne en la matière. Des mesures ont été prises mais, il y a 10 ans, le sujet ne faisait pas partie des grandes priorités de l’UE. Le catalogue des mesures s’est étoffé alors que les attentats se multipliaient. 2015 est une année noire avec 150 tués dont 148 rien qu’en France, pays tout particulièrement visé par les terroristes de Daesch pour son implication en Syrie. Des mesures ont été prises mais, il y a 10 ans, le sujet ne faisait pas partie des grandes priorités de l’UE.Face à cette escalade, qui met en lumière le peu d’efficience de la réponse européenne en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité, l’UE se devait de prendre de nouvelles mesures. Et cela avec d’autant plus de conviction que l’on estime entre 3 000 et 5 000, le nombre de citoyens européens partis pour le djihad et susceptibles, à ce titre, de faire peser une menace sur le territoire européen, à leur retour. L’une des priorités, aujourd’hui, consiste à renforcer les contrôles et les échanges d’information. Le PNR européen « Passenger Name Record » devrait voir le jour avant la fin de l’année. Ce « registre des noms de passagers », n’est pas une nouveauté puisqu’il est évoqué depuis 2001 mais sa mise en place avait était bloquée en commission parlementaire (pour des raisons liberticides). Un frein aujourd’hui levé. Concrètement, le PNR est un projet de vaste fichier qui rassemblerait l’identité de tous les passagers des avions circulant, entrant ou sortant de l’espace européen. Les données seraient conservées durant cinq ans. Certains pays ont déjà un PNR national mais il est impossible pour l’heure de recouper les informations entre Etats. Le projet prévoit que les services de renseignement européens ainsi que ceux de certains pays alliés disposent d’un accès à ce fichier. Toujours au registre des nouveautés, une modification du Code des frontières Schengen est également dans les tuyaux afin de renforcer les contrôles systématiques aux frontières extérieures de l’UE et cela, -et c’est la nouveauté-, y compris pour les citoyens européens. L’Union Européenne ce sont les États-Unis sans la CIA, la NSA, le FBI, l’US Army et la Justice Fédérale. Ces contrôles seront intégrés dans les bases de données nationales et européennes comme le SIS (Système d’information Schengen), qui contiennent des données cruciales sur les jihadistes et les mandats d’arrêt internationaux. À ces outils (réclamés par le gouvernement français) s’ajoutent, bien entendu, des actions et réflexions sur les solutions à adopter pour renforcer la lutte contre le trafic d’armes, pour geler les avoirs financiers, pour lutter contre le blanchiment d’argent ou bien encore contre la radicalisation islamiste via internet ou en prison ainsi que, dans un registre différent, tout le volet diplomatique. Cela dit, si l’Europe tente de renforcer son arsenal, il ne faut pas non plus tout en attendre. Il convient de rappeler que la défense, la justice, la police ainsi que les renseignements sont l’affaire des États. Certes, il y a, là encore, des coopérations transfrontalières, à l’image de l’Office européen de police Europol ou bien, en ce qui concerne la justice, le mandat d’arrêt européen. Mais cette collaboration, semble-t-il, est trop faiblarde pour être pleinement opérationnelle. Comme l’écrit le journaliste Jean Quatremer dans Libération (papier du 25 novembre intitulé Les filets percés du renseignement), l’Union européenne ce sont les Etats-Unis sans la CIA, la NSA, le FBI, l’US Army et la Justice Fédérale. Alors forcément…