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Originaire de Lyon et débarqué en Lorraine il y a vingt ans, Olivier Petit est aujourd’hui responsable du secteur audiovisuel et référent Histoire de la médiathèque de Ludres. Également titulaire d’une maîtrise d’histoire et fondateur d’un blog (1) dont près de deux millions de pages ont déjà été visitées, il vient de publier un livre passionnant, et très fouillé, sur Ludres au temps de la Première Guerre mondiale (1914/1918). Un récit qui éclaire le quotidien des arrière-fronts, dans ce village du sud nancéien et bien au-delà.

Très rapidement après la déclaration de guerre d’août 1914, la région de Nancy est le lieu de combats où s’affrontent Français et Allemands. La Bataille du Grand Couronné, à partir du 4 septembre 1914, est l’une des plus marquantes. Foch dirige le 20e Corps d’armée de Nancy et son Quartier général est à proximité (un de ses postes de commandement est établi un temps dans le sous-sol de l’actuelle Auberge aux œufs durs, à Anthelupt, près de Lunéville).

Nancy représente un enjeu de taille et l’Empereur allemand en personne, Guillaume II, assiste à quelques offensives de ses troupes. Autour de Nancy, plusieurs communes apparaissent cruciales et stratégiques, dont Ludres : « Dès 1899, une batterie d’artillerie, située sur les hauteurs dominant les Baraques de Ludres, a été installée afin de renforcer l’intervalle entre le fortin de Gérardcourt et celui de Bois-Châtel. À partir de 1911, le colonel messin Charles de Lardemelle demande aussi l’organisation de sept positions défensives autour de Nancy. Ainsi, la batterie des Baraques de Ludres est choisie pour défendre la route venant de Mirecourt en assurant la liaison avec le fort de Pont-Saint-Vincent. (…) Sur le plateau de Ludres, un chemin stratégique, peu visible sous le couvert forestier de la forêt de Haye et qui existe encore, relie également les forts de Frouard et de Pont-Saint-Vincent » (1).

Dans son ouvrage, Olivier Petit explore tous les recoins du territoire et du calendrier de Ludres pendant la Grande guerre et il raconte « à la manière d’un carnet ou de mémoires de guerre », une histoire bouleversante. Elle intéresse au-delà de la région de Nancy, en Lorraine et en France : « J’ai pris l’exemple de Ludres et 65 % du livre traite de Ludres. Le reste, c’est le contexte local, régional et international. C’est donc un livre qui peut convenir à tous les Lorrains et même à tous les Français, ça pourrait être des villages en arrière du front, dans la Somme ou dans la Marne, qui étaient confrontés à la venue de troupes, au départ des soldats, aux dégradations, aux réquisitions, aux bombardements… A Ludres, j’ai répertorié plus de 90 régiments, arrivés ici soit pour atteindre la gare, soit pour cantonner sur place plus ou moins longtemps. Imaginez… 800 habitants (population de Ludres en 1914, la ville aujourd’hui en compte plus de 6000) qui voyaient arriver un régiment de 3000 bonshommes ». Plus que d’autres, Ludres vit au rythme de la guerre, bien qu’elle ne soit pas ville de garnison : la commune abrite un dépôt de munitions, « en face de l’actuelle UGC, qui alimentait en obus et en balles toutes les troupes à une vingtaine de kilomètres à la ronde ». L’auteur dépeint un quotidien ballotté entre des jours historiques et extraordinaires et une normalité parfois surprenante dans un temps de guerre. Il décrit par exemple des rencontres, y compris « lorsque les soldats se comportaient mal, volaient les vaches ou les véhicules, ou lorsqu’ils aidaient aux champs ».

L’édition d’Un village lorrain dans la Grande guerre a nécessité près de six années de recherches et de longues fouilles dans les archives. Le quart de celles utilisées pour ce livre provient d’archives personnelles de Ludréens. Des sources variées, recoupées, le conduisant à pêcher quelques pépites et croiser de sacrés personnages, dont un avocat nancéien, grand-père d’Axel et Jean-François Kahn, ou un certain capitaine Truman, en poste à Ludres pendant la Grande guerre…et futur président des États-Unis.               

Olivier Petit un village lorrain dans la Grande Guerre

© Olivier Petit

Un village lorrain dans la Grande guerre

par Olivier Petit, 20€, 420 pages

à commander sur le blog de l’auteur

(1) https://patrimoine-de-lorraine.blogspot.com