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Un nouvel ouvrage consacré à Céline s’apprête à être publié sous la plume d’Eugène Saccomano. Passionnée par cet auteur controversé, l’ancienne voix du foot sur Europe 1 et RTL a associé sa plume aux crayons de Philippe Lorin, habitué à mettre en dessin des personnages célèbres. Céline, paria et génie est attendu dans les librairies le 15 septembre.

Céline, paria et génie. Le titre fait écho à cette dichotomie indissociable de l’enfant de Courbevoie. Rarement un écrivain n’aura été aussi clivant et alimenté la controverse, lui qui haïssait autant le Juif que le Boche. Eugène Saccomano n’élude d’ailleurs pas cette ambivalence dans l’ouvrage illustré par Philippe Lorin, dont le coup de crayon a fait le bonheur de nombreux auteurs. Eugène Saccomano, comme le monsieur à la radio, celui qui se pétait les cordes vocales en commentant des matchs de foot ? Lui-même !

Mais du micro à la plume, il y a un pas que ce Méridional fort en gueule a franchi depuis belle lurette. C’est notamment à lui que l’on doit Bandits à Marseille, polar qui a inspiré le célèbre Borsalino de Jacques Deray, avec Delon et Belmondo. Le même qui a pondu Céline coupé en deux il y a trois ans, et même, bien avant, Goncourt 32 (1999), où il revient sur l’improbable scénario du 7 décembre de cette année-là, qui vit Guy Mazeline être sacré pour Les loups, alors que la balance penchait nettement en faveur de Voyage au bout de la nuit, dont l’écriture avait produit le même effet que l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

C’est d’ailleurs cet épisode, qui lui fut raconté par un ancien journaliste, alors qu’il débutait dans la profession au Provençal, qui a aiguisé son intérêt pour cet écrivain singulier. « Il s’appelait Louis Deville, c’était un beau parleur et une belle plume, avec cet accent du Sud-Ouest qui lui faisait rouler les R. Il râlait éternellement contre ce qu’il considérait comme une injustice », raconte-t-il. « Il m’a tellement parlé de Céline que j’ai lu Voyage au bout de la nuit. Ça m’a enthousiasmé : le ton, l’écriture, le souffle ! » Après cette étincelle, il dévorera l’ensemble de son œuvre, avec une préférence pour Mort à crédit, « le meilleur de ses livres selon moi ». Avec le temps, l’ancien animateur de l’émission On refait le match a eu tout le loisir de se pencher davantage sur cet épineux personnage.

Céline, paria et génie se lit d’une traite et passe en revue les grandes étapes de sa vie, dont l’année 1936 marquera un tournant. Une année charnière, rappelle Saccomano dans cet ouvrage de 128 pages, évoquant ce « virage antisémite qui ne le quittera plus ».

Louis Ferdinand Destouches, qui a pris le nom de Céline en souvenir de sa grand-mère bien aimée, deviendra alors une sorte de double – tel Gainsbourg se muant en Gainsbarre – prisonnier d’un racisme entretenu par son paternel, fricotant avec les collabos durant l’Occupation, ce qui lui vaudra un procès duquel il sortira blanchi, après avoir été condamné par contumace à un an de prison et frappé d’indignité nationale, grâce au concours d’un avocat rusé. Et puis il y a son apparence. Réputé pour son élégance et son appétit des plaisirs charnels, lui qui ne disait pas non aux lupanars, il n’est plus que l’ombre de lui-même, laissant place à « une sorte de clochard qui ne mange plus que des croissants, mal rasé et qui sent mauvais ». Une image d’ermite qui est restée gravée dans les mémoires, d’autant que son retour en grâce dans les médias aura lieu à cette période.

Le livre, qui s’achève sur la dernière lettre de l’auteur envoyée à Gaston Gallimard la veille de sa mort, est aussi l’occasion de croiser les personnes qui furent importantes pour lui : Elizabeth Craig, la femme de sa vie, qui finira par le quitter, Lucette Almanzor, qui lui sera fidèle jusqu’au bout, le peintre Gen Paul, son éditeur Denoël, avec lequel il entretenait des relations houleuses, sans oublier son chat Bébert. Ironie du sort : après avoir été privé de prestige lors du Prix Goncourt de 1932, il se fera voler la une des journaux le jour de son décès (suite à une rupture d’anévrisme) par Ernest Hemingway, qui mettra fin à ses jours en se tirant une balle dans la bouche. 

Céline, paria et génie, aux Éditions de Paris, 128 pages

(Illustrations : Philippe Lorin)