Avec Les Grands peintres, Glénat se lance dans une ambitieuse série au long cours, dont l’un des trois premiers tomes est consacré à Goya. Un album à l’identité affirmée. Une démarche prometteuse pour les volumes à venir.

GOYA Glénat (© DR)Décliner les « grands » conflits, les « grandes » figures historiques et artistiques en bande-dessinée constitue une méthode marketing éprouvée, destinée à rameuter un public passionné par ces sujets mais peu friand de 9ème art… et qui accouche bien souvent de « petits » albums sans âme et inintéressants. Avec cette nouvelle série consacrée aux peintres emblématiques, Glénat semble laisser de l’espace aux auteurs : les trois premiers tomes consacrés à Jan van Eycke, Toulouse-Lautrec et Goya bénéficient de traitements graphiques variés et s’inspirent d’un ton rappelant le thriller, le polar ou le récit intimiste, comme pour celui qui nous intéresse ici.

Nous y découvrons un Goya vieillissant et souffrant de surdité ayant définitivement délaissé la lumière de ses premières œuvres. Isolé dans une propriété proche de Madrid, le peintre, malade et irascible, terrifie les habitants et son entourage, travaillant notamment à Saturne dévorant l’un de ses enfants, recouvrant de figures dantesques les toiles naïves accrochées dans sa nouvelle demeure. L’album dresse le portrait d’un homme complexe, marqué par son expérience de la guerre civile et du coup d’état napoléonien de 1808, explorant un univers intérieur fait de cauchemars et de visions désabusées de l’homme et d’une société espagnole en plein chaos.

Un cahier situé en fin d’ouvrage synthétise l’œuvre et la vie de cet artiste précurseur et à contre-courant, ce qui nous permet de mettre en perspective le récit habité par le trait nerveux et foisonnant de Benjamin Bozonnet et le scénario tout en séquences brutes, comme écorché vif, d’Olivier Bleys. Ce Goya réussit donc le pari d’éveiller notre intérêt pour l’art et l’Histoire tout en constituant un album de bande-dessinée vivant, attaché à son personnage, animé par sa personnalité propre.