Meurtres d’enfants, corruption, violence, l’ancien journaliste Joe Flanagan manie avec dextérité les codes du roman noir façon L.A Confidential, dans son nouvel ouvrage Un moindre mal aux éditions Gallmeister, un modèle assumé dans lequel il a su instiller sa personnalité et son style littéraire.

Belle entrée en matière (littéraire) pour Joe Flanagan qui dès son premier roman partage avec James Ellroy ce talent pour décrire la corruption qui, au cœur des années 50 –cet âge d’or de la culture américaine qui a fait rêver le vieux continent- pourrit la côte Est autant que la côte Ouest. Le vers aurait-il bouffé tout le fruit ? Il faut croire.

On glisse dans le roman comme on s’embourbe dans un marécage. Pourtant, en 1957, Cape Cod semble une petite ville tranquille du Massachussets, pas comme la tentaculaire Cité des anges. Jusqu’à ce que des enfants soient assassinés, un homme tabassé, et qu’une famille disparaisse. Le lieutenant Warren tente de mener l’enquête mais il se fait court-circuiter par Dale Stasiak, un officier de la police d’État aux méthodes brutales et douteuses. Warren ne lâche pas l’affaire et découvre un trafic de drogue, des jeux d’argent et la corruption qui ronge jusqu’à ses plus proches collègues. On prie pour le lieutenant mais le happy end semble s’éloigner à chaque page. L’atmosphère poisseuse contraste avec l’écriture ciselée, parfois poétique, qui entretient l’illusion de cette petite ville américaine idyllique, sereine, bordée par la nature.

Joe Flanagan surfe sur vague L.A. d’Ellroy mais les souvenirs de l’auteur nourrissent l’intrigue et les personnages : le père de Flanagan, flic à Cape Cod, a inspiré le tempérament incorruptible de Warren, certaines anecdotes racontées par Flanagan père ont contribué à planter le décor. L’écrivain nous sert une part de clichés sur l’écriture, le roman noir, la société américaine et la nature humaine. Flanagan joue avec nos faiblesses aussi bien que son illustre modèle. On lui souhaite la même carrière littéraire.