Psychanalyste et grand spécialiste de l’Islam, auteur de nombreux ouvrages, Malek Chebel est un anthropologue des religions et philosophe algérien, né en 1953 à Skikda (anciennement Philippeville).

Malek-Chebel-1 (©DR)Avec L’inconscient de l’islam, ce promoteur d’un  » Islam des Lumières  » s’interroge sur les liens entre religion, politique et liberté dans la doctrine musulmane, tout en plaidant pour la mise à nu d’un inconscient collectif lié selon lui à l’émergence d’une frange radicale. « L’objectif de cet essai est de comprendre d’où vient la fragilité affective et émotionnelle du monde arabe face au progrès, et d’où vient l’attachement des individus aux formes éculées de la pratique religieuse et l’agressivité qui en découle, qu’elle soit isolée ou de masse, et qui a un impact sur la construction du moi, les liens entre homme et femmes et le rapport à autrui » précise-t-il. Il pose des bases de réflexions sur l’interdit, la faute et la transgression en islam. Dès l’introduction, la complexité de l’islam s’impose : « si la terre d’islam est aussi bien terre de paix que terre de guerre, elle est avant tout terre de folie avec son double visage pulsionnel et spirituel ». Une dualité qui se retrouve tant dans la « guerre sainte » qui recoupe le sacré avec le profane (sorte de rapt organisé d’esclaves blanches ou autres afin d’alimenter le harem des califes) que dans la figure du kamikaze qui est bien « un suicide à visée criminelle ». « Le Coran récuse le suicide comme solution finale. […], acte doublement infamant, car il déshonore autant la mémoire du suicidé que celle du père, de la femme et de la filiation ». Or les kamikazes s’appuient malheureusement sur des versets du Coran qui leur semblent affirmer le contraire. Malek Chebel se penche aussi sur un concept qu’il appelle le « ma(n)ternel ». « Le manternel est, dans la société arabe, un cycle particulier d’intériorisation de la Loi sociale avant de devenir la loi sociale elle-même ». Cette symbolique de la mante religieuse montre que la société tourne autour de l’enfant mâle et que la femme ne peut trouver sa place dans la famille que par son truchement.