(© Luc Bertau)
L’illustrateur nancéien Fabien Veançon décline son univers rond et coloré peuplé de personnages enjoués et de gentils monstres, en affiches, illustrations et éditions diverses. Ce passionné de bandes-dessinées et d’animation navigue entre les imaginaires tout en créant ses propres fantaisies, comme à l’occasion de l’exposition Kraken et chipirons, à la MJC Bazin à Nancy du 7 octobre au 18 novembre.

C’est confortablement installé dans sa petite maison de Saint-Max que Fabien Veançon travaille, entouré d’une collection de livres et de bandes-dessinées, de figurines et d’illustrations issues d’œuvres aussi diverses que Tintin, Star Wars, les Bidochon, Pixar, Marvel, Beetlejuice, The Big bang theory… au mur, un grand portrait en noir et blanc du Nestor Burma de Jacques Tardi, engoncé dans un imperméable d’où émerge la grande tronche du détective, arme au poing. Tout l’inverse du style de Fabien, en fait. « Je suis à l’aise avec les courbes et je n’aime pas trop dessiner les corps… c’est pour ça que mes personnages ont souvent ce corps réduit surmonté d’une grande tête ronde. On peut y voir un parallèle avec le design d’un logo… peut-être une déformation professionnelle ! »

C’est en effet vers le milieu publicitaire que se tourne Fabien, très jeune, au sortir des Beaux-arts d’Épinal, qu’il rejoint en 1988 après le lycée. Il s’orientera rapidement vers le monde du travail, en agence de publicité, avant la fin de son cursus. Il n’a jamais eu le goût du réalisme, créant des univers peuplés de personnages un brin déjantés.Dessinateur depuis l’enfance, il se voit plutôt comme un autodidacte. « Je n’ai pas appris grand chose en terme de technique aux Beaux-arts d’Épinal… c’était surtout une petite école où j’ai beaucoup de bons souvenirs, un milieu plus libre où l’on avait davantage de temps pour penser au dessin. »

Suivra une dizaine d’années en agences publicitaires à travers la Lorraine, avant de rejoindre Nancy puis de s’établir à son compte :  « C’était l’époque du boom d’Internet et du télétravail, une bonne période pour prendre mon indépendance et me remettre au dessin » explique-t-il. Sa passion première a toujours été la bande-dessinée : Moebius, Bilal, les Cités obscures de Schuiten et Peeters… Fabien est un amateur de la grande époque de la franco-belge, de Métal Hurlant et des Humanos, et un habitué de la Parenthèse, surtout à l’époque où la librairie spécialisée était installée rue d’Amerval à Nancy.

S’il a des goûts assez éclectiques, on remarque autour de nous un fétiche Arumbaya, un buste en bois et une petite figurine du fameux reporter du Petit Vingtième créé par Hergé. « Le design de Tintin, ce style rond, clair, épuré et stylisé, ne vieillira jamais » déclare-t-il. Il crée lui-même quelques bandes-dessinées, de courts récits drôles, aux histoires originales souvent teintées d’ironie et d’absurde, mais sans jamais avoir trouvé l’opportunité de s’atteler à une œuvre plus conséquente. « La technique particulière de la bande-dessinée me crispait un peu : refaire des décors, être contraint par la mise en page, la narration… mais si un jour je tombe sur un bon scénario, je pourrais tenter l’aventure ! »

Si ses œuvres de jeunesse sont plus sombres, tracées à la plume, Fabien trouve son style avec un trait plus doux, tout en courbes et très coloré, ce qui semble correspondre idéalement à la personnalité paisible de cet artiste discret et accueillant. L’un de ses courts-métrages, Little Jocelin in Grüberland, a été sélectionné en 2002 au festival d’animation d’Annecy.Il n’a jamais eu le goût du réalisme, créant des univers peuplés de personnages un brin déjantés, propulsés par un vrai dynamisme, agités et attachants, enfants, aventuriers de toutes sortes, musiciens, savants fous, monstres ou robots… qui arborent parfois les mêmes lunettes rondes que leur créateur ! 

Vous avez pu retrouver son travail au sein de diverses publications (dont l’Estrade) et sur l’une des nombreuses affiches que Fabien a réalisé pour des événements comme le Festival Renaissances à Bar-le-Duc, Éclats de rue à Chantilly, le carnaval de Valenton ou celui de Nice, pour diverses compagnies de théâtre ou encore des collectivités. Il verse aussi un peu dans l’animation : l’un de ses courts-métrages, Little Jocelin in Grüberland, a été sélectionné en 2002 au festival d’animation d’Annecy.

On retrouve aussi Fabien dans l’édition jeunesse, pour le livre de cuisine Graine de cuistot ou pour des versions connectées, sous formes d’illustrations animées, des célèbres ouvrages de la maison Fleurus. Il s’essaye aussi parfois à la peinture : un rapport plus physique, un changement d’échelle, de matière, de format dans le prolongement de son activité de dessinateur, lui qui préfère toujours tracer sur papier son dessin avant le traitement et la colorisation numérique. L’occasion, dans le chalet niché au fond de son jardin, d’expérimenter aussi un style graphique un peu différent, un autre rapport à la couleur, dans des thèmes proches de ceux que Fabien Veançon se plaît à développer au fil de ses différents travaux. Ceux-ci constituent de petites fenêtres ouvertes sur son univers intérieur, dont les réjouissants locataires sont toujours en perpétuel mouvement.

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ENTREPRISE TENTACULAIRE

C’est un monde totalement inédit que Fabien Veançon a imaginé suite à l’invitation de Rémi Grosset, directeur de la MJC Bazin à Nancy : l’exposition Kraken et chipirons mixe le goût de Fabien pour la publicité et ses codes et pour les imaginaires, et un attrait gastronomique personnel : le poulpe ! À l’occasion de cet événement, ce sont des créations 100 % inédites de l’illustrateur nancéien qui seront visibles, autour d’un scénario de son cru : sa rencontre avec Wilbur Tintenfishtod (« calamar mort » dans la langue de Goethe), un industriel qui a bâti son empire autour des poulpes, calamars, seiches et autres chipirons, ces petits mollusques que l’on trouve beaucoup au Pays basque. 

« Il y aura des peintures, portraits de clients affamés de Tintenfishtod, des affiches imprimées en numérique, de fausses publicités, des autocollants, et aussi un site web dédié à cette entreprise imaginaire, détaille Fabien. Je me suis beaucoup amusé à décliner cet univers publicitaire dans lequel je travaille et qui me plaît. On peut largement jouer avec ses codes, imaginer des typographies, des noms, des slogans… j’ai créé un embryon d’histoire avec ce projet, je pense en faire quelque chose, peut-être dans l’édition. »

On ne dévoilera pas trop les trouvailles de Fabien pour ne pas gâcher l’effet de surprise, mais la démarche, inédite pour l’illustrateur, ne manque pas de style ni d’inventivité. Une vingtaine de pièces en tout seront exposées dans la Galerie Z de la MJC Bazin, installée au sein de sa nouvelle extension et dont le nom est un hommage à un ami disparu, Dylan Pelot, créateur de monstres et de films Z improbables. L’exposition voyagera ensuite dans la belle salle du Triangle à Huningue, dans le Haut-Rhin. Ne manquez pas cette célébration délicieusement gluante signée Fabien Veançon !

Kraken et chipirons