© Illustration : Philippe Lorin

« Roger Mossovic était très avant-gardiste, il exposait dans sa librairie des tableaux et, déjà, il faisait venir des auteurs, ce qui ne se faisait pas à l’époque ». Françoise Rossinot, pilier du Livre sur la Place et déléguée générale de l’Académie Goncourt, évoque les années 70 et 80. Elles ont vu naître et grandir, d’abord modestement, une manifestation aujourd’hui premier rendez-vous national de la rentrée littéraire. Avec son association de libraires, Lire à Nancy, Roger Mossovic fut cofondateur de ce désormais mastodonte de la vie littéraire, avec la Ville de Nancy, l’Académie Goncourt et l’Est Républicain. Une de ses journalistes, Mia Romero, avait eu l’idée en 1979 de ce rendez-vous autour du livre. Françoise Rossinot : « Elle est allée trouver Roger Mossovic pour lui demander de faire quelques dédicaces sous l’arc Héré. Il est le premier libraire qui a réagit tout de suite et est allé voir les autres. Il a eu un rôle éminent et je pense qu’il n’y aurait pas eu de Livre sur la Place sans Roger ». Le livre était sa vie. « Il était un homme du papier, de l’écrit », dit Martine Mossovic, l’une de ses trois enfants (Roger et Thérèse Mossovic, décédée peu de temps avant lui, ont eu trois enfants, quatre petits-enfants et, dernier rayon de soleil de la tribu, Oscar, arrière-petit-fils). Martine Mossovic : « Quand nous arrivions en vacances, la première chose qu’on faisait, ce n’était pas d’aller voir où il y avait une épicerie, un bureau de tabac ou un café, non, il fallait aller voir l’heure de la levée du courrier. Il envoyait des dizaines de cartes postales, il écrivait tout le temps et jamais la même chose à deux personnes, tout était personnalisé ». D’abord employé dans deux librairies nancéiennes, puis à la librairie Flammarion à Paris, Roger Martine Mossovic : « Il tenait beaucoup à Entrée libre, parce qu’il considérait qu’on pouvait sortir de sa librairie sans avoir acheté ».Mossovic ouvre la sienne à Nancy en 1951, devenue une référence jusqu’à sa fermeture en 1987. Dans les années 60, il avait édité une publicité, dont la rédaction du texte disait beaucoup de son style, de sa démarche de libraire, de sa philosophie : « Claire, avenante, d’un accès facile… la librairie des Arts – 18 rue Héré Nancy Tél. 68-64 –  vous réserve le plaisir de choisir exclusivement parmi des livres dignes d’être offerts. Tel est le privilège d’une librairie spécialisée – sans papeterie ni fournitures scolaires – la seule consacrée aux éditions de qualité. Entrée libre ». Martine Mossovic : « Il tenait beaucoup à « Entrée libre », parce qu’il considérait qu’on pouvait sortir de sa librairie sans avoir acheté ». Françoise Rossinot : « Il était un très grand libraire avec lequel on discutait vraiment de littérature, on s’asseyait sur les marches de l’escalier et on entamait une conversation. C’est lui qui m’a fait découvrir Primo Levi ». Même hors des rayons de sa librairie, Roger Mossovic a toujours fait route sur les sphères où l’on réfléchit, lit, transmet, débat. « Il n’était pas un homme de bricolage. C’était même un handicapé de la vie quotidienne, il ne savait pas faire un café », sourit Martine. Ainsi on retrouve « l’homme au chapeau », à peine sa retraite inaugurée, directeur commercial des Presses Universitaires de Nancy (PUN) ou intervenant au Centre de formation des Métiers du livre, à l’IUT Charlemagne. Participer au rayonnement de Nancy, aux affaires de la cité, représentait plus qu’une envie : une vraie et sincère passion. On le trouve aussi, en 1955, membre d’une commission de l’ORTF, « chargée de réfléchir à la création d’une chaîne de télévision régionale, devenue FR3 ». On le sait franc-maçon, « son jardin secret », sobrement évoqué lors de ses obsèques en juillet dernier, par Robert Gaillard, représentant le Grand Maître du Grand Orient de France : « Au cours de ses soixante années de vie maçonnique, Roger Mossovic a eu le souci de construire dans l’harmonie ». On connaissait aussi l’amoureux de l’art, féru particulièrement d’Art Nouveau, fondateur et président du Cercle GAREN (Groupe d’Action et de Réflexion sur l’École de Nancy), au titre en clin d’œil à l’avenue de la Garenne où résidait la famille Gallé. L’élégance, l’humanisme et la culture de Roger Mossovic faisaient de lui une incarnation presque parfaite de Nancy.