SUR FRANCE 2 ET NETFLIX SAISON 1 À 4

Après quatre saisons et cinq années de bons et loyaux services rendus à la télévision française (et ailleurs), Dix pour cent tire sa révérence. Alors que les séries françaises sont souvent boudées par les amateurs du genre, Dix pour cent réalisée de Fanny Herrero rencontre toujours un franc succès. Retour sur cette série qui fait figure d’exception dans le paysage audiovisuel.

Les séries sur le cinéma sont légions. Et pourtant, il demeure tout un pan de ce monde qui est peu voire jamais abordé sur petit écran : le milieu des agents de talents, ces petites mains qui se cachent derrière les négociations de contrats sans lesquelles les films ne pourraient voir le jour (impossible de faire un film sans acteur). Depuis 2015, Dix pour cent vient intelligemment combler ce manque de manière comique et pimpante. La série nous nous ouvre les portes d’ASK, l’Agence Samuel Kerr, une agence artistique parisienne fictive qui est chargée de représenter toute une panoplie d’acteurs et d’actrices. Ses agents sont pleinement dévoués à leur célèbre clientèle. Au quotidien, cela se résume à tenter de gérer les petits tracas et autres bizarreries d’une bonne partie du gratin du cinéma français. Certes soudée, cette équipe est aussi dysfonctionnelle : chacun n’hésite pas, quand il le juge nécessaire, à recourir à des stratagèmes et manigances pour faire sa place dans l’industrie du cinéma et le monde du show-business. Mais qui sont ces travailleurs et travailleuses de l’ombre ? Du côté des agents, on retrouve d’abord Mathias, qui s’intéresse plus à l’aspect rentabilité financière des projets cinématographiques qu’à leur apport artistique : au nom du pouvoir et de l’argent, il est prêt à toutes sortes de manipulations. À l’inverse, Andréa est une authentique cinéphile qui peut soulever des montagnes si elle se prend de passion pour un scénario, aussi peu lucratif soit-il : véritable tornade sur talons hauts, la jeune femme ne mâche Loin du star-system, ces célébrités redeviennent tout à coup humaines, presque accessibles au commun des mortels.pas ses mots. Et puis il y a Gabriel, touchant dans sa maladresse, et enfin Arlette, la doyenne pince-sans-rire, toujours accompagnée de son petit chien, Jean Gabin. Tout ce petit monde ne saurait survivre sans l’aide précieuse de leurs assistants, et notamment Noémie, jeune femme anxieuse secrètement amoureuse de Mathias, son patron, et Hervé, personnage d’une grande vivacité d’esprit qui n’hésite pas à y aller de son commentaire. Dans le pilote, la vie de cette agence survoltée est perturbée de toute part : le fondateur vient de mourir accidentellement, et tandis que les stars se demandent si elles doivent ou non quitter ASK, la femme de Samuel Kerr, alors héritière, menace de vendre l’empire de son défunt mari. Autre chamboulement : la fille cachée de Mathias arrive à Paris de manière impromptue, dans le but de travailler avec son père. Mais ce dernier ne le voit pas de cet œil-là. Chacun va alors devoir se battre pour sauver l’agence, tout en protégeant ses intérêts et ceux de ses talents. Entre drame et comédie, la vie professionnelle des agents s’entremêle à leur vie privée. La force de la série repose sur son concept original : chaque épisode est en effet construit autour d’une vedette du monde du cinéma qui interprète une version fictive mais crédible d’elle-même, d’Isabelle Adjani à Isabelle Huppert, en passant par Fabrice Luchini et Jean Reno. Loin du star-system, ces célébrités redeviennent tout à coup humaines, presque accessibles au commun des mortels. Montrées dans leur vie quotidienne et sur les plateaux de cinéma ou les scènes de théâtre, la série met en scène leur vulnérabilité et la cocasserie de leurs névroses, mais toujours de manière inoffensive. On retiendra par exemple Jean Dujardin, incapable de sortir de son personnage de poilu ayant déserté la guerre et de reprendre le cours de sa vie – un clin d’œil certain à Marion Cotillard, qui s’était dit hantée par l’esprit d’Édith Piaf plusieurs mois après avoir joué son rôle dans La Môme en 2007. Si la série cartonne en France, elle a également su trouver son public à l’étranger : pas étonnant donc que Sigourney Weaver fasse partie du casting de l’ultime saison. C’est à Dominique Besnehard (que l’on peut d’ailleurs apercevoir à quelques reprises dans la série) qu’est venu l’idée du pitch : il a en effet lui-même travaillé pendant vingt ans dans l’une des plus prestigieuses agences artistiques françaises. En fait, les dix pour cent auxquels fait référence le titre du show ne sont nulle autre que la commission que prennent les agents sur le cachet de leurs talents.