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À l’heure où se pose la question même de l’avenir de L’Europe, les élections des Eurodéputés approchent fin mai sur fond de montée du populisme et du nationalisme. L’Union n’a jamais semblé aussi fragile…

Le 22 janvier dernier, à Aix-la-Chapelle, en Rhénanie-du-Nord – Westphalie, l’Allemagne et la France ont présenté un nouvel accord de coopération qui, plus d’un demi-siècle après le Traité de l’Elysée alors signé entre De Gaulle et Adenauer, doit notamment faciliter la vie des habitants, travailleurs et étudiants en particulier, des régions frontalières, Lorrains compris. Pourtant, tous ou à peu près tous n’ont retenu du Traité d’Aix-la-Chapelle qu’il ne cédait à l’Allemagne ni le siège de la France au Conseil de sécurité des Nations unies, ni l’Alsace et la Lorraine ! Une précision à première vue saugrenue, mais qu’il a pourtant bien fallu apporter clairement pour tordre le cou à une fausse information (ou fakenews) partie des rangs du parti souverainiste Debout la France et largement reprise et diffusée par le Rassemblement national (ex-Front national), Marine Le Pen en tête !

Mission accomplie pour les auteurs et les relais de ce mensonge taille XXL : à l’arrivée, pas grand-monde n’a retenu les avancées et les bénéfices de cet accord. À moins de 100 jours des élections européennes, alors que la plupart des autres forces politiques n’en sont encore qu’au stade des manœuvres d’approche, ces opposants inconditionnels de l’Europe ne seront pas fâchés qu’un exemple vertueux de coopération entre deux pays locomotives de l’Union soit ainsi passé inaperçu.

Si cet épisode, pourtant grotesque, donne le ton de la campagne à venir, alors il est permis de souhaiter bien du courage aux artisans d’une Europe plus active, plus puissante et jouant tout simplement un rôle plus grand dans le quotidien de ses habitants. Ceux-ci le voudront-ils ? Aujourd’hui en Italie comme hier en Grande-Bretagne, les voix les plus fortes sont celles qui, au sommet, L’Europe n’a pas encore tout raconté de ce qu’elle attend d’elle-même…démolissent la construction européenne. En Hongrie, Viktor Orban ne prend plus la parole sans attaquer ce qu’il prétend savoir des intentions de l’Europe en matière d’immigration : instauration de quotas obligatoires, création d’un visa de migrant… Or, la question des quotas n’est plus à l’ordre du jour depuis près de deux ans, pas plus que la mise en place de visas humanitaires, alors même que le dirigeant hongrois appartient, au Parlement européen, au même groupe que le président de la Commission européenne auquel il s’en prend constamment : le PPE (droite).

Sans doute, la façon dont l’Europe a répondu ou, plutôt, n’a pas su répondre à la crise migratoire en cours est-elle pour beaucoup dans le fait qu’elle prête ainsi le flanc aux attaques. Ses tares et ses limites laissent aussi entendre qu’elle n’a pas la réponse à la crise sociale et aux inégalités qui n’épargnent pas beaucoup de ses pays-membres et, de facto, leurs habitants les plus fragiles. Dès lors, l’engrenage bien connu se met en marche, les victimes de la crise se cherchent des ennemis et l’ennemi numéro 1 leur est livré en pâture : l’Europe, censée les appauvrir.

Face au désenchantement européen, à quoi pourra ressembler l’élection des Eurodéputés le 26 mai (jour, en France, de la fête des mères) ? Ici comme dans la plupart des 28 pays concernés, s’annonce un net clivage entre pro-Européens (incarnés en France par la liste pour l’heure sans leader désigné de la République en Marche, le parti d’Emmanuel Macron) face aux anti-Européens (extrême-droite en tête, mais aussi populistes en tout genre). Les uns prôneront plus d’Europe, les autres moins, voire plus d’Europe du tout. Car il existe au moins une certitude : le statu quo n’est ni souhaité, ni prôné par personne. Immigration donc, mais aussi fiscalité, emploi, défense, écologie, tous ces enjeux cruciaux semblent devoir imposer de « hausser le niveau d’Europe », comme l’expliquait Erri de Luca, écrivain et poète italien, humaniste, écologiste et francophile, le 11 février à l’occasion de la sortie en France de son dernier roman : « L’Europe doit avancer, non pas s’arrêter, avancer, avec des pays-guides qui progressent vers une meilleure unification des compétences : la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, et même l’Italie quand elle aura retrouvé la raison ! »

Fin février, un sondage révélait que 62 % des Français se déclaraient intéressés par les élections européennes. En 2014, le taux de participation n’y avait pas dépassé 42 %, similaire à la moyenne des 28 pays de l’Union. Dans tous ses États et dans tous ses états, l’Europe n’a pas encore tout raconté de ce qu’elle attend d’elle-même…