Futuropolis en association avec la revue XXI publie Payer la terre, le dernier reportage de Joe Sacco, le maître américain de la BD documentaire. Une plongée en profondeur dans le Grand Nord canadien aux côtés d’autochtones défendant leur culture et leurs terres.

Joe Sacco s’est fait connaître par ses reportages dans les territoires palestiniens (Palestine, Gaza 1956) ou à Sarajevo (The Fixer). Avec Payer la terre, c’est à une guerre cachée qu’il s’intéresse : celle que mène depuis des siècles les peuples autochtones des Territoires du Nord-ouest canadien pour préserver leurs intérêts et leur identité face aux colons occidentaux. Extrêmement fouillé, ce reportage nous emmène à la rencontre de militants, représentants de tribus, entrepreneurs et travailleurs d’une terre gorgée de pétrole et de gaz. Chacun lutte à sa façon : certains accueillent à bras ouverts l’industrie et veillent à toucher leur dû, d’autres préféreraient protéger les terres et revenir à un mode de vie plus traditionnel. Joe Sacco veille à présenter les différents points de vue, donnant la parole à de nombreux témoins au fil des chapitres (quitte à se répéter parfois).

La question des ressources semble d’abord le sujet central de l’album. Mais le lecteur est emmené plus loin : les pensionnats catholiques qui séparent les familles, maltraitent et formatent les enfants, la dépendance à l’alcool, aux aides sociales comme aux droits d’exploitation… et globalement, tout ce qui a changé à partir du moment où le mode de vie très proche de la nature des Dene (ensemble de nombreuses tribus) a laissé place à la culture occidentale du progrès. On ressort de la lecture de cet album, dense dans son contenu comme dans son graphisme à la Crumb, avec une certitude : l’Occident n’avait rien à faire dans le Grand Nord canadien. Payer la terre est une nouvelle histoire de colonisation, l’une de celles qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu cent fois. Mais la découvrir et entendre ses voix n’en est pas moins édifiant.