À travers le prisme coloré des années 60, c’est une histoire à chausse-trapes, sombre et mystérieuse, qui se dévoile au cours de L’Été Diabolik de Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse. Chez Dargaud.

1967 sur la côte d’Azur. Antoine, quinze ans, va vivre au cours de ces vacances aux côtés de son père une succession d’événements irréels. A l’issue d’un match de tennis contre Erik, jeune homme sûr de lui et tombeur émérite, un mécanisme vertigineux, aux conséquences encore insoupçonnées, va s’enclencher. La rencontre avec la bouillonnante Joan, l’amitié étrange entre Erik et Antoine, le retour inattendu d’une amoureuse d’enfance, l’irruption d’un personnage travaillant pour le contre-espionnage français, et qui semble connaître son père… autant de pièces d’un puzzle complexe, qui ne se complétera que dans les toutes dernières pages. Le scénariste Thierry Smolderen prend tout son temps pour tisser un récit criminel captivant alimenté par la richesse du graphisme d’Alexandre Clerisse, avec qui il a déjà collaboré pour Souvenirs de l’Empire de l’Atome, sorti en 2013. Explosion de couleurs, esthétique dans la droite lignée du Bauhaus, des tableaux de David Hockney, jusqu’aux dessins animés d’Hanna Barbera, le tout saupoudré de l’imagerie de la génération LSD et de la guerre froide, autant de « prismes et de lentilles qui rapatrient d’un bloc l’année 1967 ». Les masques se dressent et tombent au milieu de références aux illustrés des années 30 tels que le Fantôme du Bengale et Diabolik, que les auteurs affectionnent. Astucieux, multipliant les fausses pistes, l’album entraîne le lecteur entre Summer of love, tourments familiaux et manipulation. La belle édition de Dargaud met en valeur la qualité visuelle de l’ensemble, qui se dévore des yeux tout en étant haletant comme un bon roman d’espionnage. L’Eté Diabolik nous entraîne dans un tourbillon visuel et narratif qui font de cet ouvrage l’une des excellentes découvertes de ce début d’année.