Let my people go, le saxophoniste vétéran Archie Shepp livre  un nouveau dialogue de haute volée avec un pianiste aux côtés de Jason Moran. En résulte un album superbe, qui s’adresse directement à notre âme et à celle des musiques afro-américaines.

À 83 ans, la parole et le souffle d’Archie Shepp résonnent avec toujours autant d’éloquence, de profondeur et d’élégance. Familier des duos saxophone-piano (avec Joachim Kühn, Abdullah Ibrahim, Siegfried Kessler…), il s’associe ici au pianiste Jason Moran, qui a lui-même collaboré avec de nombreux saxophonistes de renom comme Lee Konitz, Steven Coleman et surtout Charles Lloyd. Avec Let my people go, c’est un nouveau dialogue émouvant, sobre et intense à la fois qui se noue entre deux musiciens. Une conversation où chacun s’écoute et se répond, où chaque note, chaque parole est précieuse, dans la lignée des negro spirituals auxquels le saxophoniste rendait déjà hommage en 1977 dans Goin’ Home.

Enregistré en deux temps, à la Philharmonie de Paris en septembre 2017 et à Mannheim un an plus tard, Let my people go est un chef-d’œuvre d’émotion pure. Au ténor, au soprano comme au chant (notamment sur le déchirant Sometimes I feel like a motherless child), fulgurant et affûté, Archie Shepp est plus que jamais une voix essentielle et un guide au cœur de l’histoire du jazz et de ses origines. A l’image de la pochette signée Jacek Woźniak, le jeu de Jason Moran offre une toile de fond aux nuances multiples, par quelques touchés ou des cascades de notes. On traverse successivement He Cares et Go down Moses les tripes nouées et l’âme illuminée, on vibre sur Wise One, on dévale Isfahan, on s’apprête à éteindre la lumière un œil sur la ville dans Round Midnight… nous submergeant à chaque seconde, Let my people go est la bande originale d’un héritage, au delà de toute notion d’hommage ou de relecture. Intemporel et essentiel.