lanterne (© Vianney Huguenot)

À Saint-Dié, le 1507 est une institution. Parce que son enseigne, d’abord, clignote avec une date qui fait chaud au cœur des Déodatiens et fait de leur ville la Marraine de l’Amérique. C’est ici, en 1507, que fut inscrit pour la première fois sur une carte le nom America, en hommage au navigateur Amerigo Vespucci. C’est Annie Privat qui rebaptise les lieux – le bar se nommait Le Régent – et accueille pour la première fois au monde, en 1991, dans le cadre du Festival International de Géographie, un café-géo. Depuis, le concept a fait des petits un peu partout sur la planète, avec l’aide des géographes qui désignent souvent Saint-Dié-des-Vosges comme leur capitale de cœur. Des soirées du festival de géo, le 1507 a toujours été le centre névralgique. On aime s’y voir, s’y rencontrer, s’y montrer, s’y achever. En 1993, Roland Pierre et Aldo Calsen reprennent le 1507, dans un esprit similaire et avec un but : rester un pilier de la ville. Pilier, voilà qui cause forcément aux deux complices. Ils se croisent pour la première fois sur un terrain de rugby. Roland a joué et entraîné chez les professionnels, à Pontarlier notamment. Aldo est plus branché trail. Pour tout ce qui est 3e mi-temps, ils n’ont jamais déserté la ligue 1. « Si on a toujours réussi dans ce qu’on a entrepris, c’est simplement parce qu’on aime les gens, on discute avec eux et puis on aime faire la fête ». Leur aventure commune s’ouvre avec le Bistroquet, dans les années 80, de l’autre côté de la place du marché. Un repaire de mélanges, de rugbymen, d’étudiants, de musiciens… Plus tard, ils acquièrent d’autres bars, cèdent des affaires, avec toujours la même réputation : ces deux-là transforment en or tout ce qu’ils touchent. « On a toujours évolué avec la demande et on a su se renouveler quand il fallait. On a aussi un noyau de clients très fidèles. »Ils ont une incomparable façon de créer une ambiance. Au 1507, elle est souvent populaire, guindée à l’occasion, bobo et bruyante juste ce qu’il faut, ensoleillée en terrasse, calme le matin, carrément fêtarde quand il faut (les meilleurs souvenirs étant nés dans l’improvisation). De très bons vins arrosent le tout. Leur vrai génie : ne pas se forcer, ne pas se la raconter, rester simples. Jack Lang venait y traîner pendant sa campagne des législatives. Roger Hanin s’y est arrêté. Léon Schwartzenberg, Azouz Begag, Richard Bohringer aussi. « On n’oublie jamais que les gens sont là pour passer simplement un bon moment ». À une table, Estelle, Émilie, Nadine et José sirotent un blanc. Roland est là et boit du petit lait. « Aldo et Roland, c’est un vrai duo et il y a toujours ici une bonne humeur » explique l’une des clientes. Un duo parfait. Fait d’Aldo et de Roland. Ou de Rolo et Aldand, ça dépend. Il y a aussi Marie et Sylvie, les serveuses. Les quatre sont présents en ce vendredi soir. Il est 19 heures. On aime finir la semaine, ou étrenner le week-end, ici. Parmi les clients, Stéphane Brogniart, un spécialiste chevronné de l’ultra-trail (il est arrivé 14ème à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc). Il revient d’une compétition internationale où on lui a remis, par hasard, le dossard… numéro 1507. Il vient en faire don et la preuve orne désormais la vitrine. Bien que la clientèle soit d’une certaine façon triée sur le volet, le croisement des genres, au 1507, est inédit, élevé dans un tonneau rare. Jack Lang venait y traîner pendant sa campagne des législatives. Roger Hanin s’y est arrêté. Léon Schwartzenberg, Azouz Begag, Richard Bohringer aussi. Quelques autres stars y ont joué les arsouilles d’un soir, dans une ambiance qui ne change pas pour cause de VIP en vue. 1507 un jour, 1507 toujours. Dans la petite salle où sont stockés les vins, dans un coin, traîne un carton d’archives du bistrot. Premier album, première photo, apparaît Caroline, la fille d’Annie Privat, entourée de troufions en mission à Saint-Dié. Elle est aujourd’hui Vice-Présidente du Département. Et toujours de la famille du 1507. Le 1507 est un bar, un hommage, une institution, une famille, un esprit. Un machin magique en somme.

(Photos : © Vianney Huguenot)