(©Mensuel L’Estrade)
Président de la Région Alsace, Philippe Richert est candidat à la présidence de la nouvelle région, fruit de la fusion Alsace, Lorraine et Champagne Ardenne. Avec quelle ambition et quel projet ? Les réponses de la tête de liste Les Républicains-UDI-Le Modem.

En Lorraine on ne vos connait pas forcément très bien. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots.

Je suis né en Alsace en 1953, dans une famille d’ouvriers. Sur le plan professionnel, j’ai travaillé dans l’Education Nationale en tant que professeur de SVT dans un collège, puis comme proviseur d’un collège. Je me suis lancé en politique quand j’avais 28 ans. Dès 1982, je suis élu au conseil général du Bas-Rhin, représentant du mouvement régional et centriste Initiatives alsaciennes. J’ai eu différents mandats : président du Conseil général du Bas-Rhin, sénateur pendant une vingtaine d’années, ministre en charge des Collectivités territoriales et président du Conseil régional d’Alsace, depuis 2010.

Les Alsaciens, vous y compris, n’étaient pas franchement les plus enjoués à l’idée de la fusion avec la Lorraine et la Champagne Ardenne. Votre position a évolué ?

Depuis que je suis entré en politique, je crois beaucoup en la décentralisation. Ce n’est pas une option, c’est une nécessité. Je suis profondément décentralisateur et régionaliste. Depuis 1982, des progrès ont été réalisés mais l’essentiel des décisions, notamment les décisions jugées importantes, continuent d’être prises à Paris. Il importe d’aller plus loin dans les transferts de compétences, de décisions et de moyens. La création des ces grandes régions s’est faite dans des conditions ahurissantes et des Alsaciens dont je fais partie ont dénoncé cette façon de faire, plus que discutable. Mais ce vaste territoire, deux fois plus grand que la Belgique existe. L’ambition, dès lors, est de le gérer avec un maximum d’efficacité, de responsabilité, de proximité et d’ambition pour reprendre les grands axes de notre projet. Notre première responsabilité est de réussir cette réforme territoriale en partageant au mieux les responsabilités avec les Départements et les pôles urbains, en redonnant envie pour que notre territoire gagne en attractivité, en optimisant la proximité avec les citoyens et les entreprises. Nous disposons d’atouts pour ce faire car notre liste ne compte pas de Parisiens parachutés, à l’image de M. Philippot, par exemple, mais des acteurs locaux qui connaissent leur région.

La loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) accorde plus de compétences à la Région dans le domaine économie. Quelles sont vos propositions en direction des entreprises et donc, en matière d’emplois ?

Il est important tout d’abord de veiller à leur simplifier la vie en mettant en place, en partenariat avec les acteurs économiques comme les chambres, une agence économique qui soit un guichet unique où toutes les entreprises bénéficient d’un accès à l’information dont elles ont besoin. Une autre priorité est de soigner l’accompagnement en soutenant les filières et les clusters afin de favoriser un écosystème profitable à toutes les entreprises, y compris aux PME et aux TPE. Toujours avec les acteurs économiques, la Région doit également soutenir les entreprises à l’exportation. Au registre des nouveaux outils, plutôt que d’accorder des subventions qui sont très encadrées et limitées, je suis favorable à la mise en place d’avances remboursables. En Alsace, nous avons créé Alsace Croissance, un fonds d’investissement doté de 50 millions d’euros apportés par CM-CIC Capital Finance, Bpifrance Investissement et la Région Alsace à hauteur de 15%. Ce fonds soutient financièrement les entreprises qui ont des projets en leur accordant non pas une subvention mais en montant au capital. L’effet de levier est de 1 à 50. Et quand le projet aboutit, nous récupérons notre investissement et la plus-value. Ca marche. Nous pouvons parfaitement imaginer un tel instrument à l’échelon de la nouvelle grande région.

Vous annoncez 10 000 apprentis de plus d’ici la fin du premier mandat. Vous vous y prenez comment ?

L’apprentissage est aujourd’hui encore considéré comme le dernier recours pour le jeune qui n’a pas de bons résultats scolaires. Il faut en finir avec cela. Cela passe par de l’information tout d’abord. Un jeune qui aujourd’hui passe son CAP peut ensuite passer un Bac et intégrer une école d’ingénieur. Il est d’ailleurs possible de devenir ingénieur via l’alternance. Il y a donc un gros travail d’information à faire en ce sens. En Allemagne, 60% des jeunes bénéficient d’une formation duale. Tous les grands patrons allemands sont passés par là et tiennent à former des jeunes, avec bien souvent une embauche à la clé. Ces patrons, notamment dans le Bade-Wurtemberg ne trouvent pas assez de candidats. Ce sont des opportunités pour nos jeunes. À nous de leur permettre de pouvoir suivre les cours théoriques dans un CFA de notre territoire et de travailler dans une entreprise allemande. Des opportunités, la Sarre ou la Rhénanie-Palatinat en offrent également. Des fonds européens sont disponibles pour financièrement soutenir des projets dans ce domaine. Il y a des emplois, et souvent bien payés, à saisir.

Cela implique, aussi, de parler la langue du voisin !

Vous n’avez pas besoin de parfaitement maîtriser l’allemand, de bonnes bases peuvent suffire pour commencer. Et si le jeune qui fait son apprentissage en Allemagne envisage de séduire sa jolie voisine, il fera de rapides progrès. Plus sérieusement, l’apprentissage des langues, de l’allemand comme de l’anglais, est effectivement une priorité absolue. En Alsace comme en Moselle, des initiatives sont prises en la matière. Nous avons de l’expérience. Appuyons nous là-dessus. Il faut aller plus loin. Agir avec pragmatisme. Nos voisins allemands ou luxembourgeois sont attentifs à cela. Les Sarrois sont déterminés à devenir aussi bilingues. Au-delà d’ailleurs d’apprendre l’allemand, il importe avec les plus jeunes, d’apprendre, aussi, en allemand.

La Lorraine fait partie de la Grande Région. Quelle place pour le transfrontalier ? 

En France, près de la moitié des frontières terrestres européennes sont chez nous, je crois que c’est 45% pour être précis. Bien évidemment que c’est une chance. Que ce soit dans le domaine de la formation, de l’enseignement supérieur et de l’économie, les opportunités sont nombreuses. De nombreux projets sont initiés mais il faut aller plus loin encore. On peut et l’on doit encore expérimenter. Même des villes plus éloignées de la frontière, je pense notamment à Troyes, sont intéressés par cette dimension transfrontalière. François Baroin me l’a récemment confirmé, notamment en ce qui concerne l’université qui envisage de regarder davantage vers l’Est que vers Paris. Comme la Lorraine, l’Alsace entretient de bonnes relations dans l’espace Saar-Lor-Lux. La Région Alsace dispose d’un bâtiment à Bruxelles. Il accueille, pour l’heure, les représentations de l’Alsace, le Bureau Alsace Europe, la Délégation Lorraine-Champagne Ardenne auprès de l’Union européenne. Le Land de Sarre nous a également rejoints. Dans notre région, l’Europe et une réalité quotidienne.

Les sondages avancent tous de très bons scores pour le FN, dans notre région. Un commentaire ? 

Les sondages se trompent. Ils ne prennent pas en compte le fait qu’en Moselle, par exemple, les votants ne vont pas voter pour Richert mais pour le duo Richert-Weiten. Et il en est de même dans l’ensemble des départements. Or, le FN n’a personne sur qui s’appuyer localement. Je suis certain que nous serons 3 ou 4 points au-dessus de ce qu’avancent les sondages. Je suis là pour remporter cette campagne.

Mais les électeurs ne voteront pas pour le duo Richert-Morano, en Meurthe-et-Moselle.

Je me suis exprimé sur ce sujet. La page est tournée. Je suis passé à autre chose.

Mais si les sondages se confirmaient et que le FN passe en tête au premier tour.

Pas question de fusionner avec le PS. Je l’ai dit et Jean-Pierre Masseret l’a également affirmé. Les choses sont donc claires. Je peux même vous indiquer que nos bulletins de vote, pour le second tour sont déjà imprimés.

Une région, il lui faut un nom…

Il est primordial en la matière d’éviter les acronymes comme Alca ou Acal. Rien de pire. Allez demander à un Américain ce qu’il pense de Paca. Il ne sait même pas de quoi vous lui parlez. En revanche, si vous évoquez la Provence, là il comprend. Choisir un nom n’est pas anecdotique ou accessoire, c’est au contraire, très important. Personnellement, je plaide pour Région Grand-Est ou Région Grand-Est Europe. Les citoyens ont leur mot à dire en la matière. Nous aurons 6 mois pour nous décider une fois que le nouveau Conseil régional sera en place.