Cela fait un an que Jacques Weill a pris les rênes de la direction régionale de la SNCF. D’entrée de jeu, il lui a fallu mener des négociations avec le Conseil régional de Lorraine, pas franchement satisfait des tarifs et des prestations délivrées. Un accord a été trouvé. Reste désormais à respecter les engagements : faire mieux avec moins.
Jacques Weill

Jacques Weill, directeur régional de la SNCF (© Bernard Maurice/SNCF)

« Ça fait tout juste un an que je suis arrivé en Lorraine. Je tenais à venir dans cette région. Mon arrivée coïncidait avec le démarrage de discussions et de négociations avec l’autorité organisatrice, le Conseil régional de Lorraine, à qui nous devons aujourd’hui prouver que la SNCF sait innover et relever un challenge, comme elle l’a fait, il y a plus de 40 ans. Avant les années 1970, c’est ici qu’ont été mis en œuvre les premiers cadencements réussis entre Thionville et Nancy, car à cette époque, le nord de la région regardait davantage vers le sud qu’aujourd’hui. L’ambition est de renouer, dès 2016, avec l’excellence mais dans des proportions 5 ou 6 fois plus importantes» souligne Jacques Weill, le directeur régional de la SNCF. Lorsqu’il prend ses fonctions, en novembre 2013, la situation est effectivement tendue entre la SNCF et la Région. Cette dernière s’estime en effet flouée et demande des comptes. Le Conseil régional a fait faire un devis auprès d’un autre transporteur afin de pouvoir comparer les devis. La facture de la nouvelle proposition s’est avérée inférieure de 15% à celle présentée par la SNCF, soit 25 millions d’euros de moins sur la petite note (163 millions d’euros). « Même si cette proposition n’engageait en rien celui qui la faisait, il est certain qu’il nous fallait réagir et montrer que nous étions en mesure de nous remettre en cause et de relever de nouveaux défis, dans la durée et à moindre coût» souligne le directeur. Depuis fin octobre, le montant de l’enveloppe TER est connu : 152 millions pour 2014 et 2015. Tout comme l’objectif à atteindre : un déploiement du cadencement intégral du réseau régional en 2016. Autrement dit, va falloir faire mieux avec moins.

« Initier le changement avec, en ligne de mire, la mise en place d’un cadencement intégral efficient sur l’ensemble du territoire régional. »

Pour mener à bien cette (r)évolution, le manager affiche quelques atouts. À commencer par une solide formation et une excellente connaissance des rouages de la SNCF. Diplômé d’HEC en 79, il intègre l’entreprise à l’issue de ses études, alors que la majorité de ses camarades de promotion se tourne plus volontiers vers le monde des affaires. « J’avais envie de me sentir utile et j’ai l’mpression de l’être ici » précise Jacques Weill qui n’est pas du genre à s’épancher. Il passe dix ans au fret, avant d’être nommé directeur délégué au TER, en Rhône-Alpes et en Alsace, régions où il a d’ailleurs été amené à piloter des projets d’envergure notamment le cadencement des trains express régionaux en Rhône-Alpes. L’Alsace tient une place toute particulière dans son coeur puisqu’elle l’a vu naître et grandir. L’installation en Lorraine lui a d’ailleurs aussi permis de se rapprocher de ses parents. Fort de cette expérience, Jacques Weill s’attache depuis un an à initier le changement avec en ligne de mire la mise en place d’un cadencement intégral efficient sur l’ensemble du territoire régional. « L’un des objectifs, par exemple, est de parvenir à faire circuler un train toutes les 30 minutes entre Metz et Nancy, pour que nos usagers n’aient plus à se poser la question de savoir combien de temps ils vont devoir attendre le prochain TER » précise Jacques Weill.

« La Lorraine fait partie des régions où les trains respectent le plus les horaires et la fréquentation est en hausse avec 65 000 usagers par jour. »

Pour nous faire prendre le train comme l’on utilise aujourd’hui le bus, le dirigeant et ses équipes misent sur une utilisation optimisée des rames et des aménagements dans les gares. En ce qui concerne le matériel roulant, pas d’inquiétude puisque la majorité des rames sont neuves, les investissements en la matière ayant été effectués par la Région. Reste à se réorganiser en interne, autrement dit à obtenir l’adhésion des 2 000 cheminots actifs dans la région. « Début 2015, nous allons entamer des discussions sur l’organisation et les conditions de travail », explique Jacques Weill « nous avons d’ores et déjà organisé des rencontres et les chefs d’équipes ont pu donner leur point de vue et apporter leur pierre au changement. Il y a forcément des inquiétudes et des doléances. Mais il est clair que ce nouveau mode de fonctionnement n’aura aucune conséquence sur le personnel en poste. Les cheminots lorrains ont fait un travail formidable ces dernières années et les résultats sont là. La Lorraine fait partie des régions où les trains respectent le plus les horaires et la fréquentation est en hausse avec 65 000 usagers par jour. Pas question aujourd’hui qu’ils soient pénalisés ou amenés à partir travailler dans une autre région. Ils méritent le respect ».

C’est dit. Mais si le projet est enthousiasmant, les négociations s’annoncent compliquées. « Il y a effectivement beaucoup d’envie de relever un challenge mais également des résistances. On ne se dit pas toujours des choses gentilles » confie le patron de la SNCF Lorraine .Il dit avoir d’ailleurs des « journées bien remplies » qui débutent systématiquement par un checking visant à s’assurer que toutes les rames sont bien sorties et ont été ponctuelles. Pour se détendre, ce père de trois enfants, a un truc. « Je viens travailler à pied. Et je conseille à tout le monde de marcher un petit quart d’heure quotidiennement, c’est un excellent moyen pour déstresser » affirme le dirigeant qui est également un adepte de la petite reine. « Pour un amateur de vélo, la campagne lorraine offre un terrain de jeu très appréciable. Je ne manque jamais l’occasion de promouvoir la région auprès de mes collègues à Paris ou à Lyon. Je suis un grand défenseur de la Lorraine et espère être encore là pour longtemps ».


LE METROLOR-TER EN CHIFFRES

Ter Lorraine © DR)

Ter Lorraine (© DR)

LE MATÉRIEL ROULANT

– 500 M€ investis par la Région dans la modernisation des trains depuis 2004
– 10 nouvelles rames Regiolis livrées à partir de 2014
– 128 trains (+23 % par rapport à 2002)
– Plus de 27 000 places assises (+35 % par rapport à 2002)
– Age moyen du parc : 13 ans (contre 28 ans en 2002)

DES OFFRES TOUJOURS PLUS NOMBREUSES ET ATTRACTIVES

– 560 TER par jour circulent sur le réseau du lundi au vendredi, 

– 65 000 voyages par jour – 15 millions de voyages par an. 

– Depuis 2007, + 15% d’offres supplémentaires sur toute la Lorraine avec un doublement de la desserte du sillon lorrain et +35% dans les Vosges
– Aujourd’hui, le Métrolor-TER est le 4ème réseau régional en termes d’offre produite (hors Ile-de-France) avec 10,7 millions de km de trains produits chaque année !

– 76% du Métrolor-TER est financé par le Conseil Régional, les usagers ne financent que 24% du coût total.

– Une gamme tarifaire large et adaptée aux étudiants, salariés, familles avec des offres combinées loisirs, weekend, etc.

INTERMODALITÉ : SIMPLIFIER LA VIE DES USAGERS

– La carte SimpliCités permet depuis 2007 de voyager sur différents réseaux (trains, bus, etc.)
– le site SimpliCim permet de calculer son itinéraire dans toute la Grande Région.
– Participation volontaire à la rénovation de 47 gares lorraines depuis 2011, qui forment de véritables pôles d’échanges multimodaux.
(Source : CR de Lorraine)


ET LA GARE DE VANDIÈRES ?

« Je n’ai pas à me prononcer sur ce sujet. Mais il est clair que dès lors que la décision sera prise, nous accompagnerons bien évidemment, le projet, quel qu’il soit » dixit Jacques Weill.