Anne-Grommerch-dessin-1

(Illustration : Philippe Lorin)

Mourir à 45 ans. Cette injustice n’explique pas tout de la tristesse qui s’est emparée des Thionvillois à l’annonce du décès de leur députée-maire. Anne Grommerch avait une relation particulière avec ses concitoyens. Trop jeune pour être leur mère, elle était une grande sœur. Son état d’esprit, sa façon de faire de la politique – et d’abord celle d’y être entrée par hasard et sans le vouloir vraiment – avaient façonné une personnalité rare dans le monde politique. Pierre Cuny, son ami, son Premier adjoint et désormais successeur à la mairie et à la communauté d’agglomération, exprime très justement le sentiment des Thionvillois. Il confie qu’aujourd’hui encore il a « du mal à en parler. J’ai perdu mon alter ego. Je sais que jusqu’à la fin de mon mandat, elle sera à mes côtés. » La relation particulière d’Anne Grommerch avec les Thionvillois vient peut-être aussi d’un sourire. Le sien était lumineux et généreux, il peaufine le portrait d’une femme amoureuse. « Papa, tu diras aux Thionvillois que je les aime tous », ce sont les derniers mots qu’elle dit à son père avant de partir. Des mots terribles et tendres, étrangers à un monde politique brutal, binaire et où de tels élans de sympathie sont suspects. Ce monde politique, Anne Grommerch l’avait finalement adopté, non sans rester à la marge, comme si elle voulait demeurer à la fois observatrice et actrice de la société des élus, méfiante de ses boucans. « Elle ne faisait pas de politique politicienne, elle était dans l’action », résume l’un de ses proches. « Elle n’était pas dans une dynamique de carrière politique. Tous les deux, nous étions un peu tombés du nid », explique Pierre Cuny. Leur nid est leur monde professionnel, médical pour lui, commercial pour elle. Anne Grommerch est tombée dans le monde politique sur un coup du hasard, sale coup en l’occurrence puisqu’elle prend la succession de Jean-Marie Demange, tragiquement décédé, dont elle était la suppléante à l’Assemblée Nationale. Elle a 38 ans, elle est députée, elle apprend dans le même temps son cancer dont elle parlera peu. À 44 ans, elle est élue maire de Thionville, sa ville, celle de son enfance, celle où ses parents tenaient une boucherie rue de l’Agriculture. « Anne était pleine d’énergie et d’idées », rapporte Pierre Cuny. Des idées qu’elle va tenter de concrétiser à Thionville, dans un contexte parfois difficile et avec l’idée fixe que Thionville a un autre rôle à jouer, un autre rang à tenir. Dans les domaines des technologies, de l’université, des transports, du développement commercial, elle avançait ses pions, avec pour fil rouge de cette action une plus large fédération des collectivités. Pierre Cuny Attachée au dialogue et au franchissement des frontières: « Elle avait initié ce débat avec d’autres communautés de communes lorraines, mais elle voulait aussi consolider le lien avec le Luxembourg, qui doit être davantage couture que coupure. Anne avançait dans un esprit de dialogue, elle voulait convaincre. » Expliquer, convaincre, mots fréquents du vocabulaire d’Anne Grommerch. Des mots et des actes, ainsi que le rapporte un cadre municipal, qui souligne une forme de management nouvelle et une relation étroite avec les personnels de la mairie. « Anne aimait les gens et cette proximité était aussi son moteur ». Humaniste, le mot revient souvent dans les conversations à propos d’Anne Grommerch. Libérale assumée, aussi. Attachée au dialogue, au franchissement des frontières – y compris politiques – elle ne reniait pour autant rien de son appartenance à la famille libérale de droite – membre de LR et secrétaire nationale du parti – mais une appartenance qui n’était pas du registre féodal. Elle savait prendre ses distances et – fait plus rare – le dire. Comme ce soir là sur France 3 où elle a exprimé son désaccord avec le « ni-ni » de Nicolas Sarkozy sur l’attitude à adopter en cas de duel électoral gauche-FN. Elle l’a dit sans barguigner, en quelques mots clairs. Et avec le sourire.