Trump, Poutine ou Erdogan. Les « hommes forts » sont aux manettes et ils ne partagent pas vraiment les valeurs européennes.

La fin de la guerre froide, au début des années 90, a ouvert une longue période d’optimisme libéral. Un optimisme qui a pris du plomb dans l’aile car aujourd’hui, l’heure est davantage au repli. Le Brexit en est une illustration. Mais ce repli, il a surtout des visages. Celui de Poutine, d’Erdogan ou bien encore de Donald Trump qui, pour Benjamin Haddad, directeur Europe du think tank Atlantic Council, et chercheur en relations internationales, n’est ni un accident de l’histoire ni un phénomène passager. « C’est le symptôme d’une transformation profonde de la puissance américaine en crise. America First est le slogan d’une Amérique fatiguée de porter l’ordre international et qui prône désormais le rapport de force brut, le protectionnisme économique et culturel », est-il précisé dans l’ouvrage. Les « hommes forts » sont aux manettes. Et, pour l’auteur, l’Europe qui promeut le multilatéralisme, le multiculturalisme, le droit international ou bien encore la coopération internationale, devrait davantage tenir compte de ces évolutions car la multiplication des crises, comme la montée des nationalismes, sont des sources d’affaiblissement et de fragilité. « Seule une Europe souveraine, capable de défendre sans naïveté ses intérêts, peut répondre à ce nouveau défi », précise Benjamin Haddad. Et cela, sans pour autant remettre en cause « le projet européen » ou les valeurs qui le portent, valeurs qui, par ailleurs, « bafouent » de facto les principes fondateurs de la pensée nationaliste américaine, à savoir la nation, la souveraineté et la liberté individuelle. « L’originalité de notre modèle ne doit pas céder à la fascination des hommes forts », écrit également l’auteur.

Le paradis perdu. L’Amérique de Trump et la fin des illusions européennes
par Benjamin Haddad. Éd. Grasset, 2019