Hubert Voilquin est décédé en août dans sa ville de Vittel. Avec son cousin Albert, « le Bébert », il a longtemps incarné le centrisme dans les Vosges. Plus que ça, Hubert Voilquin, c’était un style, un ton, une manière d’être et de dire. À Vittel, dont il fut maire de 1977 à 1995, lorsqu’on évoque le personnage, une voix, une gueule, une gouaille submergent illico les conversations. « Quand il était instituteur, tu pouvais passer dans la rue et tu profitais de ses cours. Tu l’entendais à l’autre bout de la rue. Et t’avais pas intérêt à broncher dans sa classe… », se souvient un voisin de l’école vittelloise où Hubert Voilquin enseigna à partir de 1947. « Mon père était un prof à l’ancienne », résume Daniel, l’un de ses quatre enfants. Lorsqu’on évoque le personnage, une voix, une gueule, une gouaille submergent illico les conversations.Pour comprendre la saga Voilquin, saisir la famille est essentiel. Un esprit de famille règne. Famille, politique, chasse : trio gagnant chez les Voilquin. Trois centres de conversation des banquets du dimanche, parfois animés. Daniel Voilquin : « Maman était l’arbitre. Papa était le chef de famille mais c’est autour d’elle que notre clan était soudé ». À la politique, tous, ou presque, y goûteront, avec un même sens de l’équilibre – pas d’hurluberlu excessif chez les Voilquin – et un attachement authentique à la terre des Vosges. Hubert sera maire de Vittel, député, vice-président du Conseil général. Albert, le cousin, député puis sénateur. Daniel, le fils d’Hubert, conseiller régional. Gérard, autre fiston, prendra la mairie de Lamarche. Aujourd’hui, c’est une belle-fille d’Hubert, Jocelyne Allane-Voilquin, qui a repris le flambeau et dirige l’UDI départementale : « Hubert m’a donné envie de faire de la politique, mais pas de la politique politicienne ». Avant l’UDI, il y eut l’UDF, celle de Giscard d’Estaing dont Hubert Voilquin était proche. Une parenté pas si facile à assumer dans un département tenu, de main de fer et depuis des lustres, par le gaulliste et RPR Christian Poncelet. Pourtant, le duo Poncelet-Voilquin fonctionnait, cimenté par « une amitié fidèle » que l’ancien président du Sénat aime rappeler. La passion commune de la chasse les soudait aussi. « Hubert était un type charmant et un chasseur remarquable », le compliment est signé… Serge Beltrame, son meilleur adversaire. En 1981, le socialiste Beltrame déloge Voilquin de l’Assemblée Nationale. « Je l’ai battu, on s’est fâchés quelques mois », rappelle Serge Beltrame. « Quelques mois », la précision est importante. Un homme du temps béni où la politique servait au moins à cela : à se parler. Les yeux dans les yeux, de préférence.Une courte fâcherie, en somme, avant que la vie reprenne son cours, normal, apaisé, quasi amical entre les deux maires des villes thermales et voisines, Vittel et Contrexéville. « On a initié des rapprochements entre nos deux villes », se souvient Beltrame. Voilquin aurait voulu aller plus loin, « c’était son grand regret », rapporte le pâtissier Gilles Martin, conseiller municipal délégué puis adjoint au maire de Vittel. Aujourd’hui, nombreux sont les Vittellois résumant l’action municipale vittelloise aux mandats d’Hubert Voilquin et de Guy de la Motte Bouloumié, le puissant patron de la société des eaux et premier et vrai mentor d’Hubert Voilquin (un demi-siècle de mandat à eux deux). « Hubert Voilquin, je l’ai connu avant la mairie, son père et mon père jouaient aux cartes ensemble. Je me souviens qu’il passait tôt le matin, rue de Verdun, avant de partir au Conseil général. Il achetait la presse, buvait un café, faisait le tour de la ville. Il pouvait être 7h30, s’il voyait une poubelle déborder, il appelait le chef des services techniques. Il avait le souci des détails mais surtout une vraie proximité avec les gens. Un peu bourru, oui, mais il avait toujours le souci de faire plaisir », raconte Gilles Martin. La simplicité était un marqueur – LE marqueur – du style Voilquin. Elle était aussi le reflet d’une époque. Des animaux politiques de la trempe de Voilquin y baignaient comme des poissons dans l’eau. Hubert Voilquin, c’était une ambiance, le temps béni où la politique servait au moins à cela : à se parler. Les yeux dans les yeux, de préférence.