© Illustration : Philippe Lorin

Héros, le mot est si galvaudé aujourd’hui. Il faudrait en prendre soin, ne le sortir qu’aux grandes occasions. En voilà une. Aucune doute n’est possible sur l’appartenance de Marcel Rebourset à la race des grands hommes. La question porte plutôt sur les raisons de l’amnésie collective dont il est victime. Une victime quelque peu consentante, car il fut un grand taiseux, « il n’aimait pas se faire mousser ». Pour Marcel Rebourset, le silence était d’or et d’ordinaire. Né en 1890 au cœur d’une « petite bourgeoisie de Langres », il va d’abord être connu comme avocat au barreau de Metz, puis il se distingue au cours de la Première Guerre mondiale. « Il combat très jeune et sort de cette guerre avec le grade de capitaine, la Croix de guerre et la Légion d’honneur », explique sa petite-fille, Martine Gérardin. Deux décorations exceptionnelles pour des faits d’armes lors des batailles d’Arras et de Champagne. Après la guerre, Marcel Rebourset reprend le chemin du barreau et épouse en 1921 une Spinalienne, Marie Viard. Il travaille un temps auprès du procureur de Metz sur l’harmonisation des droits allemand et français, sa parfaite connaissance des deux législations est précieuse, alors que la Moselle retrouve le giron français. La rencontre de Marcel Rebourset avec Charles de Gaulle date des années trente. De Gaulle est alors le patron du 507e « Il était parfaitement au courant de la situation des uns et des autres, il connaissait les collabos notoires, et les pas notoires, il savait tout ».Régiment de chars basé à Metz. Une relation qui ne s’éteindra jamais, même après la disparition prématurée de Marcel Rebourset. Martine Gérardin se souvient : « Quand il allait à Colombey, le général de Gaulle s’arrêtait à Langres pour rendre visite à ma grand-mère. La maison était alors en effervescence ». La relation Rebourset-de Gaulle s’était intensifiée en 1940. « Le très patriote et très Français » Marcel Rebourset quitte Metz à l’arrivée des Allemands et rejoint Paris où il est en lien avec le chef de Résistance. Il œuvrera à ses côtés tout au long de la guerre. Dans l’équipe Rebourset, on trouve Raymond Mondon, l’ancien stagiaire de son cabinet messin, qu’il appréciait beaucoup. Les deux hommes forgeront le Metz de l’après-guerre : Raymond Mondon sera élu maire en 1947, Marcel Rebourset est nommé par de Gaulle préfet de la Moselle en 1944. Sa mission : réinstaller et réorganiser l’administration républicaine en terre mosellane. Dans une veine et un style très gaullistes, « il a mené cette action avec le souci de la réconciliation des Lorrains, et il n’y a pas eu d’exactions en Moselle, pas de femmes tondues par exemple, il tenait beaucoup à cela. Il a su s’imposer par le silence et la discrétion. Cela dit, il était parfaitement au courant de la situation des uns et des autres, il connaissait les collabos notoires, et les pas notoires, il savait tout », explique Martine Gérardin, qui sait, notamment parce qu’elle est une femme de médias, ce que les mouvements d’humeur et de foule peuvent porter de meilleur ou de mesquin. Les raisons sont multiples pour expliquer que Marcel Rebourset fut « persona non grata » dans le petit monde embrouillé de l’après-guerre. Le refus d’embrasser une carrière publique ou politique, s’annonçant pourtant très prometteuse, s’éclaire aussi par la passion qu’il avait de son métier d’avocat. « Et puis c’était la période où son fils Jean-Jacques était malade. Avec son épouse, il a tout fait pour sauver cet enfant », précise Martine Gérardin, qui est aussi la maman de Pieyre-Alexandre Anglade, député représentant la communauté française du Benelux et vice-président de la commission des Affaires européennes. Elle résume ainsi son grand-père : « un esprit, une prestance, une éthique ». D’aucuns regrettent qu’il n’ait voulu (pu) prendre une place prépondérante dans la gestion des affaires publiques. « Et on imagine aisément quelle carrière administrative il aurait pu faire », dit l’ancien bâtonnier du barreau de Metz, Me Angel Cossalter. Après sa mission de préfet, Marcel Rebourset fut élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’honneur et courut retrouver son cabinet d’avocat. Pour sa famille, il reste d’abord le fondateur d’une éthique familiale, faite d’honnêteté, d’humilité et de travail.