(Illustration : Philippe Lorin)
La chanson de Ferrat lui va bien, Camarade. Ouvrier à la SMK, syndicaliste, militant politique combatif et jovial, Victor Madelaine eut une vie de romance et de militance. La Ville de Nilvange lui rend hommage le 18 mars. 

Il est de ces gens qui viennent au monde comme on prend un café. De ces gens, par nature, qui ont « le sens des autres. » La formule est de son vieil ami et compagnon de route Roger Briesch. « Victor était un militant admiré de tous, convivial, boute-en-train et, ce qui est moins connu, très sportif. Il était un supporter quasi-ultra de l’équipe de basket de Nilvange. Il était aussi un militant et dirigeant syndical respecté, déterminé, un combattant et un négociateur redoutable. Il n’y avait chez lui aucun esprit de domination, il était généreux et attentionné et il avait tout simplement le sens des autres. »« Il n’y avait chez lui aucun esprit de domination, il était généreux et attentionné et il avait tout simplement le sens des autres. » Thierry Speth, artiste, photographe et historien de la sidérurgie, retient une anecdote qui complète le portrait. C’était à l’époque où Victor Madelaine était maire de Nilvange : « Il était souvent dans les escaliers de l’Hôtel de Ville, il était un peu le concierge de Nilvange, toujours accessible. Il y avait chez lui de la bienveillance neutre. » Ses origines et son parcours – une vie presque romanesque – livrent quelques éclairages sur le comportement du personnage, taillé dans la simplicité. Dans un récit de sa vie publié quelques années avant sa mort (1), Victor Madelaine décrit avec bonheur les terrains de jeux de son enfance, à Algrange et Nilvange : les 400 coups, la bande de copains, la guerre des boutons avec les jeunes de Hayange. Il y raconte aussi l’ambiance familiale, aimante, douce et dure à la fois : « Malgré nos caractères différents, l’ambiance était toujours très bonne à la maison. (…) Christine travaillait comme vendeuse au Prisunic d’Hayange. Comme elle avait été à l’école ménagère de Knutange, c’est elle qui réparait mes habits quand il y avait des accrocs. (…) Quand Marguerite est née, six ans après moi, nos parents nous racontaient encore l’histoire du sucre sur le bord de la fenêtre et le passage de la cigogne. Le pire, c’est que j’y croyais encore. » Outre Christine et Marguerite, Victor a deux frères : Jean, ouvrier aux laminoirs, membre de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), et Joseph, plutôt scout. De parents nés allemands, c’est dans la rue, « comme les Polonais et les Italiens », que Victor apprend le français. Dans la vie de Victor Madelaine, tout se passe, peu ou prou, dans la rue. À 14 ans, il quitte l’école et entre au centre d’apprentissage de la SMK (Société Métallurgique de Knutange). C’est en 1965 qu’il est élu maire de Nilvange, mandat que « le vieux lion » – comme certains le nommaient – conservera jusqu’en 2000. À 18 ans, il est incorporé de force dans l’armée allemande. Envoyé sur le front de l’Est, il déserte en pleine déroute de la Wermacht. Expérience terrible de Malgré-nous qu’il décrit dans son ouvrage. Après-guerre, à 21 ans, il signe son premier engagement militant : « À la mort de mon père, j’ai eu la visite de l’abbé Ferber, qui a fortement insisté pour que j’adhère à la JOC. Je me suis laissé prendre à ses explications et ce fut le début de nombreuses activités. » L’Algrangeois est sur tous les fronts et le sera toute sa vie, d’abord syndicaliste, à la CFTC puis à la CFDT. Roger Briesch : « C’est l’engagement de Victor dans son entreprise qu’il faut d’abord souligner. Il fallait oser s’engager dans un tel environnement, s’exposer aux sanctions de la direction et subir les quolibets du syndicat dominant [NDLA : la CGT] » Victor Madelaine parraine les nouveaux arrivés dans l’entreprise, organise des cours d’alphabétisation, mène les grèves, négocie, sans oublier de gravir les échelons. Il sera notamment président du Syndicat Régional de la Sidérurgie. Politiquement proche du MRP mais en désaccord avec la ligne du mouvement sur la question algérienne, il entre au PSU et fera même une télé avec Michel Rocard. Il rejoindra plus tard le PS. C’est en 1965 qu’il est élu maire de Nilvange, mandat que « le vieux lion » – comme certains le nommaient – conservera jusqu’en 2000. Il sera aussi Conseiller général, pendant quatre mandats, et de presque tous les combats de cette vallée, baladant sans cesse son « sens des autres. » Il y a du Balzac et du Zola dans la vie de Madelaine. Balzac aimait décrire les grands destins, Zola aimait détester l’injustice. Il se sont sans doute croisés un jour chez Victor.

(1) Une vie bien remplie, par Victor Madelaine, publié en août 2010

Le Vendredi 18 mars 2016 à 18h, la Médiathèque de Nilvange prendra le nom de Victor Madelaine. À cette occasion sera dévoilée une plaque, œuvre graphique du dessinateur Baru évoquant le nom de l’anicien édile de cette cité ouvrière.