(© Luc Bertau)
Il est fort probable que Jérémy Aldrin, président du groupe d’opposition « Rassemblement pour Metz », par ailleurs président de la commission des Finances de la ville, bouscule dans les prochaines années l’échiquier politique messin. Plus sûr encore : c’est en famille que la partie va démarrer.

Il le sait, sa belle gueule à la Delon ne fera pas tout. Il est habile et, bien que trentenaire, déjà rompu à l’exercice politique. À 12 ans, il entre dans l’arène, spectateur d’abord. Il s’en souvient et le raconte avec beaucoup d’humour : « C’était en 1995, j’ai demandé à ma mère, qui s’est demandée si j’étais tout à fait normal, d’aller assister à un meeting de Jean-Marie Rausch ». Il avait mis le doigt et ne l’a jamais plus retiré. Puis vint 2002, 22 avril, lendemain d’un tsunami où les Français découvrent, abrutis, le duo de finalistes. Le classique duel, qui berce depuis des lustres les seconds tours de présidentielle, n’aura pas lieu. « Je suis gaulliste, je ne suis pas sectaire mais je suis clairement un mec de droite, je crois au clivage gauche-droite »Le Pen est dans le sas d’entrée, Jospin à l’île de Ré, Chirac sur les bulletins de vote des électeurs de gauche, Aldrin, « au lieu d’aller manifester », pousse les portes du RPR.

Quand il parle de sa première fois, il cite Seguin, mot-clé, sorte de mot de passe pour qui se revendique d’une « droite sociale ». Jérémy Aldrin est de ceux-là. Il cite aussi Baroin, soutien, comme l’est Jérémy Aldrin, de Sarkozy. Droite sociale-Sarkozy : si l’alliage fait bien marrer dans les chaumières, y compris de droite, il pose des questions au conseiller municipal d’opposition. Fidèle à l’ancien président de la République, « parce qu’il a une capacité d’entraînement dont la droite a besoin », Jérémy Aldrin produit toutefois une analyse lucide et objective du phénomène de rejet. Il l’explique comme un ras-le-bol d’une époque, d’une méthode, dont Nicolas Sarkozy n’est pas la seule incarnation. De Sarkozy, il tient pourtant cette envie, moins brutale que son mentor, d’être d’une droite décomplexée. Jérémy Aldrin : « Je suis gaulliste, je ne suis pas sectaire mais je suis clairement un mec de droite, je crois au clivage gauche-droite. Je ne suis pas contre l’excellence, ni la compétition. L’idée de compétition, c’est aussi la noblesse de la République. On doit aider ceux qui en ont le plus besoin mais il est inutile, pour autant, de faire du nivellement par le bas ».

Enseignant-chercheur, docteur en sciences de gestion, il illustre son credo avec un thème qui lui est cher, l’éducation : « L’héritage de Bourdieu, de 68, est catastrophique et Madame Vallaud-Belkacem incarne cette dérive à la perfection ».

Un de ses autres dadas politiques porte sur la capacité des politiques à avoir – ou pas – une vision. Il l’évoque sur la primaire de la droite : « Vous n’êtes pas présidentiable parce que vous avez des parrainages, cette élection se joue à un autre niveau. Vous êtes présidentiable parce que vous avez un statut et une vision ». Sera-t-il dans les starting-blocks en 2020 ? Il n’en dit rien. Il n’en sait peut-être rien.C’est aussi sur cette question qu’il accroche avec le plus de virulence le maire de Metz : « Dominique Gros commente plus qu’il ne fait l’histoire de Metz, il ne sait pas valoriser notre place de carrefour européen. Les relations avec Trèves, par exemple, ça devrait être de l’ordre du quotidien. Or, pour Dominique Gros, cela représente un horizon très lointain. Je ne vois pas sa vision du territoire. Les festivals, c’est très bien, mais ce pas l’alpha ni l’oméga ». Voilà qui sonne comme une déclaration de candidature à la mairie de Metz. Alors, sera-t-il dans les starting-blocks en 2020 ? Il n’en dit rien. Il n’en sait peut-être rien. Il sait surtout que le déferlement de prétendants, trois ans avant l’échéance, exaspère nombre de Messins. Donc, il esquive. Avec le sourire et non sans dire, outre qu’il a une idée du Metz de demain, son attachement fort à sa ville natale (il est né à la maternité Sainte-Croix, a bachoté au lycée Fabert) et à son histoire.

Bon connaisseur des vieux ressorts politiques dont celui qui consiste à rappeler qu’il n’est pas un fils de, qu’il est un produit de la méritocratie : « je ne suis pas un héritier, je suis petit-fils d’ouvrier, fils d’employé, orphelin de père, j’ai été boursier à l’Université, je dois aller tout chercher ». Il porte en même temps une idée neuve des modes de gestion des collectivités. Et « il n’est pas un jeune loup aux dents qui rayent le parquet ». C’est son ami, le romancier Raoul Nèje, qui l’assure. Le pari d’Aldrin serait donc celui-ci : fonder une intercommunalité temporelle, fusionner le Metz d’hier et celui d’après-demain. Tout en gérant un aujourd’hui et un demain probablement semés d’embûches.