Un debout-payé, c’est un vigile parce qu’il gagne sa vie à rester debout. Une profession qu’a exercé Gauz, l’auteur de ce bouquin original, à la fois recueil, satire sociale et documentaire. C’est surtout acide et drôle. Paru aux éditions Le nouvel Attila.
Gauz (© DR)

Gauz (© DR)

«Ici on recrute. On recrute des vigiles. Protect-75 vient d’obtenir de gros contrats de sécurité pour diverses enseignes commerciales de la région parisienne. Son besoin en main-d’œuvre est immense et urgent. Le bruit s’est très vite répandu dans la ‘communauté’ africaine…. ». Après avoir débarqué à Paris sans papier, Ossiri, un étudiant ivoirien, devient vigile. Comme son père autrefois. Comme l’auteur également. Gauz a travaillé comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Elysées. Ce n’est pas le Pérou mais faut bien manger. Et le visa tourisme qu’il a utilisé pour poursuivre des études de biochimie, n’a pas été transformé en visa étudiant.

Né à Abidjan,
à 9 heures
« l’heure des
embouteillages »

Cette expérience dans les grands magasins, Gauz l’a utilisé pour alimenter Debout-payé en choses vues, entendues et autres réflexions : « certes, il existe des niveaux un peu plus exigeants dans les métiers de la sécurité. Le vigile est à la sécurité ce que La vache qui rit est au fromage ». Le bouquin a des accents de recueils. Mais c’est aussi une satire à la fibre sociale qui pose un regard cru sur les dérives du monde marchand contemporain. C’est également le regard posé par un immigré sur la France « à travers l’évolution du métier de vigile, depuis la Françafrique triomphante jusqu’à l’après 11-Septembre ». C’est surtout bien écrit, avec beaucoup d’humour, de distance et de discernement. Cela, dit faire le debout-payé n’empêche pas d’avancer. Gauz est aussi photographe, documentariste, directeur d’un journal économique satirique. Il a aussi écrit le scénario d’un film sur l’immigration Après l’océan. Pas mal pour un petit gars né à Abidjan, à 9 heures « l’heure des embouteillages ».