© Luc Bertau

Impossible d’arrêter l’Amour Food lorsqu’il s’agit de distribuer vibrations positives et bons petits plats. Julie Lenoble et Stéphane Noël, couple passionné par les repas entre amis s’est réinventé il y a quelques années pour devenir les traiteurs officiels de la sphère culturelle messine. Aujourd’hui, ils se mobilisent pour apporter un peu de réconfort au personnel hospitalier.

Le printemps 2020 s’apprêtait à débuter et les projets à fleurir pour l’Amour Food : les dix ans du Centre Pompidou-Metz, les festivals Passages et Hop Hop Hop… puis l’incertitude s’est installée avec la mise à l’arrêt, jusqu’à nouvel ordre, d’un milieu culturel qui représente 90 % de l’activité de Julie et Stéphane. Peu de temps après avoir fondé l’Amour Food, ils ont rapidement pris goût à cette proximité avec les artistes et les structures culturelles, devenant les spécialistes du catering (préparation et service des repas aux artistes et bénévoles). « Nous sommes toujours petits mais avec un grand carnet d’adresses, nous avons même pu embaucher une personne, détaille Stéphane. Actuellement, on peut simplement espérer des reports et une reprise au plus vite ». Le chiffre d’affaires est à zéro, mais pas la motivation : dès que l’occasion s’est présentée à ces  « hyperactifs », ils ont installé leur labo dans leur appartement du Sablon pour apporter chaque semaine des repas au personnel de plusieurs hôpitaux de Metz (voir ci-dessous).

La générosité et le goût des autres a toujours été dans l’ADN de l’Amour Food : les bonnes tables entre amis sont pour Julie et Stéphane des moments privilégiés pour lesquels ils se mettent volontiers aux fourneaux. « Aimer faire plaisir aux gens, c’est notre force » disent-ils. L’aventure a commencé par une blague : chargés de préparer l’anniversaire d’une amie, ils glissent qu’ils font aussi les mariages et les baptêmes. Un invité les prend au mot. A cette époque, Stéphane est commercial et entame sa reconversion en passant un CAP en Pâtisserie et en Cuisine, fait quelques extras pour un traiteur puis passe par plusieurs établissements messins : La Ville de Lyon, le Petit Frontalier, le L’Amour Food cuisine pour les résidents de TCRM-Blida, qui réunit ateliers d’artistes et start-ups au cœur de Metz.Derrière, l’Arrêt Création puis chez le traiteur Cocotte au Luxembourg. Julie évoque quant à elle les souvenirs d’enfance en cuisine et au jardin, la grand-mère russe dont elle s’inspire lorsqu’elle prépare lentilles et bortsch.

Passionnés de voyages, ces globe-trotters se sont un peu sédentarisés après la création de l’Amour Food, mais continuent à faire parcourir le monde à leurs clients avec leurs spécialités inspirées de la cuisine asiatique et de la street-food thaïlandaise. Un cheesecake non cuit dégusté en Irlande, un financier au thé vert matcha découvert dans un restaurant japonais s’invitent également dans leurs menus. Ces amoureux des bonnes choses font preuve en cuisine d’un savant dosage entre imagination et simplicité et aiment cuisiner varié, équilibré et toujours gourmand : un baptême végétarien, une cuisine asiatique à base de poisson cru, un porc au caramel, un brunch étourdissant… ils savent tout faire. « On est toujours présents pour expliquer notre démarche, nos produits et on finit assez souvent à table avec nos clients ; ils ont tendance à nous y inviter naturellement » explique Julie.

Ces dernière années, l’Amour Food a conquis la ville : habitués du festival de cirque Éole à Montigny-lès-Metz, ils ont progressivement été choisis par la Cité Musicale et le Centre Pompidou-Metz pour leurs événements ainsi que par plusieurs festivals messins. Les demandes viennent désormais de tout le Grand est ; une compagnie leur a même proposé de les accompagner au Mexique. Ayant toujours dans l’idée d’avoir un jour « un endroit bien à nous, où on se sentirait comme à la maison tout comme nos clients », ils se sont investis au sein d’un lieu où ils ont trouvé cet état d’esprit convivial : depuis 2017, l’Amour Food cuisine pour les résidents de TCRM-Blida, qui réunit ateliers d’artistes et start-ups au cœur de Metz. Devenus de véritables figures locales, Julie et Stéphane ont toujours un mot pour chacun et savent à peu près tout ce qu’il se passe sur place… leur cuisine variée et bon marché et les desserts de Julie y sont sans doute pour quelque chose. « On se sent un peu comme chez nous là-bas, on a tissé beaucoup de liens, expliquent-ils. Mais on n’a pas abandonné l’idée d’un lieu à nous ».

Ces derniers jours, le couple continue à mettre l’eau à la bouche à ses followers et autres amis Facebook sur les réseaux sociaux ; faisant la preuve que cuisiner et se faire plaisir reste un palliatif efficace lorsque la morosité guette… en attendant de retrouver les amis « en vrai ». « Cuisiner pour nous, pour des amis, des clients ou pour les soignants, c’est toujours une façon d’entretenir un lien. Dans le contexte actuel, il est toujours là, et même encore plus qu’avant ». Au-delà de leurs talents culinaires, c’est peut-être bien cette vision du vivre-ensemble qui fait de l’Amour Food un traiteur pas comme les autres.

Sur Facebook : @LamourFood.fr
traiteur@lamourfood.fr
06 50 02 80 18

Solidarité au menu

Il y a deux semaines, des témoignages parviennent jusqu’à Julie et Stéphane : à l’hôpital de Mercy à Metz, l’accueil de patients atteints du Covid-19 mobilise totalement le personnel hospitalier, qui manque de temps et de moyens pour se nourrir sainement et convenablement. « Ils mangeaient des chips et des sandwiches des distributeurs automatiques, explique Julie. Depuis le début de l’épidémie, on avait envie d’agir, de rester actifs tout en apportant notre aide ». Début avril, ils décident de préparer cinquante repas pour l’hôpital de Mercy, sur leurs fonds propres. Une amie taxi se charge de la livraison. Puis une cagnotte est mise en place en ligne pour recueillir des dons afin de poursuivre l’initiative : 4000 € sont réunis en 24h. « On a reçu des dons allant jusqu’à 500 €, et même des amis démunis ont participé ». L’Amour food est aussi contactée par BLEND, une association de passionnés de gastronomie qui offre de prêter main forte au couple. En se partageant le travail, ce sont 100 repas qui sont livrés chaque semaine à Mercy, et 100 autres aux Hôpitaux privés de Metz.

Julie et Stéphane songent désormais à faire face à une situation qui va vraisemblablement durer. « On peut continuer jusqu’à la fin du mois, il faudra ensuite penser à la suite, notent-ils. Des dons en nature seraient bienvenus, en attendant de peut-être monter une autre cagnotte : le maraîcher les Jardins d’Alexis à Metz nous vend déjà ses paniers 5 € au lieu de 15 €, et Metro nous a proposé l’accès à une plate-forme d’invendus ». Un enjeu crucial car les difficultés d’approvisionnement se font sentir en cette période de fermeture des restaurants. Mais L’Amour Food se sent déjà récompensé : les photos et messages de remerciements émouvants et motivants de la part du personnel soignant mettent un peu à distance un avenir incertain au niveau professionnel. « Avec ce qu’il se passe actuellement, les pertes de chiffre d’affaires passent au second plan ».