(© Luc Bertau)
Il a tâté de la politique mais son monde est celui des médias où il a bourlingué avec gourmandise. Hier à Europe 1, RMC ou La Chaîne Parlementaire, Claude Bellei est aujourd’hui en mode retraité, pilier du Club de la Presse de Mirabelle TV. Il sort un livre drôle, utile et vachard. Il y dézingue les partis et parie sur Macron.

Il se lit très plaisamment, en six ou sept stations de métro, une quinzaine si l’idée vous vient de souligner les bons mots. C’est clair, Claude Bellei s’est amusé en écrivant ce livre Fin de partis, de A à Z (1). On devine presque ses rictus, railleurs, enchantés ou carrément moqueurs, à la lecture de son dictionnaire des ringards. Car il s’agit bien de ça.

Il affirme, à propos d’Emmanuel Macron, que « jamais, dans l’histoire, il y a eu un tel phénomène. »L’auteur façonne un panthéon désolé et, un à un, liste « ceux qui ont enclenché ce processus mortifère » et justifié la fin des partis politiques : « que reste-t-il de ces partis politiques ? Pas grand-chose, le nombre d’adhérents, tous partis confondus, est en chute libre. Entre 600 et 700 000 au maximum, moins de 2% du corps électoral. Le mot même de parti s’efface le plus souvent derrière ceux de mouvement, d’union, de famille, de front, voire de peuple pour la gauche ».

Et voici Claude Bellei qui égrène les commanditaires de la Bérézina et les exécuteurs testamentaires, quelques récalcitrants errent aussi dans la liste. Elle va de A, comme Alliot-Marie qui « appartient à une époque révolue », à Z, comme le Zinzin de Mémé, « petit nom prêté par les Guignols à Nicolas Sarkozy pour désigner Liliane Bettencourt ». La balade dans l’opuscule ne contourne aucun des grands bastions, pas un chef de famille ou petit chef n’est oublié. Claude Bellei prévient dès le préambule : ils sont tous responsables, à des degrés divers, des verts-de-gris aux verts tout-court. Ces écolos forment « le plus bel exemple peut-être de la mort annoncée des partis politiques, incapables de se structurer, victimes d’une sorte de romantisme post-adolescent ».

L’analyse est ciselée, drôle, souvent piquante et lucide, quelquefois injuste et imprudente. Le livre est sorti des presses en octobre, à l’heure où Alain Juppé, « l’exilé involontaire », se promenait comme un insolent en tête des sondages de la primaire de droite. Et déjà, Claude Bellei prédisait le crash du maire de Bordeaux. En revanche, il n’avait pas vu venir le tsunami Fillon, qu’aucun autre observateur n’avait d’ailleurs prédit (hormis peut-être Fillon lui-même ! ).

Ce qui ajoute de l’épaisseur au livre vient sans conteste de la personnalité et du parcours de Claude Bellei. Observateur au long cours de la vie politique, pratiquant l’art de la mise en perspective, il affirme, à propos d’Emmanuel Macron, que « jamais, dans l’histoire, il y a eu un tel phénomène ». Cela résonne forcément autrement quand l’auteur du jugement s’avère être un vieux briscard. Claude Bellei fut directeur adjoint de la rédaction d’Europe 1, chef du très convoité service Étranger.

Claude Bellei s’est aussi essayé à la politique, il a été maire de Vantoux, dans la banlieue de Metz.Également passé par RMC, le groupe AB et La Chaîne Parlementaire, il a en mémoire des rencontres et rendez-vous exceptionnels, désormais de l’ordre des livres d’Histoire, du lourd, à faire briller les yeux des pioupious de Sciences-Po : avec Jean-Paul II ou aux obsèques de de Gaulle, au congrès du Parti Communiste chinois ou avec Indira Gandhi.

Claude Bellei s’est aussi essayé à la politique, il fut maire de Vantoux, dans la banlieue de Metz, et tête de liste du Modem aux élections régionales de 2010. Mais ce n’est pas que la diversité et la longévité de ce parcours qui l’autorisent à être affirmatif et un brin emballé par le personnage Macron. Il y a aussi le goût du risque et du pari, l’affaire du pif qui parle.

Quoi qu’il en soit, Bellei voit en Macron celui qui a compris : « Finis les partis, mais quoi à leur place ? En s’affirmant de gauche, mais pas socialiste, Emmanuel Macron est peut-être en train d’apporter une réponse. En tout cas, il arrive au bon moment. Ce jeune homme pressé mais clairvoyant, a compris que le système était au bout du rouleau, que les Français avaient le sentiment d’avoir tout essayé, sauf le FN qui fait encore peur, sans que rien jamais ne fonctionne vraiment ».

(1) Fin de partis. De A à Z, éditions des Paraiges, octobre 2016, 67 pages, 9€