Le temps d’un court roman, Raoul Nèje délaisse le polar pour une tragédie familiale intense. Un pas de côté réussi !

Gabriel Coudrelier, le flic messin né de l’imagination fertile de Raoul Nèje, serait-il resté en villégiature en Guyane, théâtre de l’épilogue des Foudres de Némésis ? Un an et demi après la sortie aux éditions des Paraiges de ce troisième opus très maîtrisé des enquêtes du commissaire Coudrelier, l’écrivain de Vezon nous revient en librairie par surprise : il signe Une mère et mante, le court mais intense roman d’une tragédie familiale à huis clos.

Derrière le jeu de mots du titre, dont l’esprit rappelle le premier des trois polars de Raoul Nèje (Aveux mortuaires), se dissimule bel et bien la vie et l’oeuvre d’une mère aussi vorace qu’une mante religieuse. La littérature regorge bien sûr d’histoires de familles en crise, où la jalousie le dispute à la déraison, et l’amour à la haine. Toute l’originalité de ce livre-là tient dans le choix de la narratrice, la petite fille dont l’auteur adopte et adapte les mots sans pour autant polluer son récit avec des enfantillages qui pourraient vite agacer ou, au contraire, une vision qui ne serait pas crédible.

« Je voulais surprendre, explique Raoul Nèje pour justifier ce pas de côté littéraire. J’avais l’histoire, il me fallait en trouver le témoin involontaire. » Il l’a trouvé, à travers le regard singulier que porte cette petite fille naïve mais pas que, sur la situation d’un frère distant et la décrépitude d’une tante grabataire. Quant à l’effet de surprise, il est garanti ! Il n’est pas question bien entendu d’en dévoiler la nature, mais le dénouement devrait logiquement conduire le lecteur à revenir en arrière pour essayer de trouver ce qui lui a échappé.

Athlète complet, athlète littéraire s’entend, Raoul Nèje referme donc avec brio cette petite parenthèse désenchantée, ce contrepied parfait, et peaufine l’écriture du quatrième volet des aventures (c’est bien le mot !) de son flic préféré. Chaque trimestre, il gratifie aussi les lecteurs du magazine Bonnes Terres d’une nouvelle qui fleure bon le terroir et sa passion de l’histoire. Autant d’occasions avec l’été qui approche de lire Nèje au soleil !