Il fut longtemps une figure du Parti Socialiste en Lorraine – proche de François Mitterrand – puis cacique du Parti Radical de Gauche. Ancien adjoint au maire de Metz et conseiller régional, René Leucart connaît par cœur la société politique. Dans ce microcosme, il ne laisse pas indifférent et la seule évocation de son nom allume illico du commentaire. Il s’est aussi illustré dans le roman et s’apprête à publier un livre d’art.

Une naissance en Alsace, une jeunesse en Haute-Marne – pas loin de Colombey-les-deux-Eglises où il croisait Yvonne de Gaulle, « Tata Yvonne », arrivant au marché en 2 CV – mais c’est la Lorraine qui fait figure de fétiche dans le pedigree de René Leucart. Le combat militant est l’autre fil rouge de son itinéraire. Dans ce grand match politique, il a varié les postes : vainqueur, perdant, libéro, attaquant, défenseur, coach, capitaine, parfois sur la touche, spectateur… Le point de départ s’écrit en 1967, il a 17 ans, son premier club est antinucléaire. Il s’inscrit au Mouvement contre l’armement atomique et empoche sa « carte d’identité de citoyen du monde ». Il l’a égarée mais demeure fidèle à l’approche internationaliste : « Je suis resté un citoyen du monde. Je suis un rebelle tranquille ». Tranquille, au point qu’il sèche – « je n’ai pas participé, j’ai observé » – l’année 68 qui chahute le monde et bouscule une France à la fois fertile et corsetée, vieillissante et Artisan en coulisses d’un congrès de Metz qu’on classe aujourd’hui parmi les historiques, « c’est là que François Mitterrand gagne 1981 ».rayonnante, la France gaulliste. René Leucart : « C’était une période complexe, elle a ouvert les yeux à beaucoup de monde, elle a été un déclencheur ». Son déclencheur à lui s’appelle Mitterrand. « François Mitterrand a été un déclic pour moi car il a su créer une dynamique à gauche. ». René Leucart adhère au Parti Socialiste en 1971, peu de temps après un congrès d’Epinay célèbre pour avoir recollé les morceaux d’une gauche socialiste éclatée en mille chapelles. René Leucart adhère par l’intermédiaire d’un jeune Messin alors inconnu, aujourd’hui star des bonnes tables, Gilles Pudlowski (« Pudlo » était alors secrétaire de la section socialiste de Metz et proche de Jean Poperen, leader d’une aile gauche du parti). La relation Leucart-Mitterrand, progressivement, s’intensifie et se personnalise. René Leucart : « Je reçois un jour un coup de fil de Georges Dayan [NDLA : membre du premier cercle, très restreint, de la Mitterrandie, celui des amis intimes], Georges Dayan me dit : « François Mitterrand vous a repéré et veut vous voir ». La rencontre a lieu en juin 1978 et Mitterrand me propose alors de rejoindre son cabinet et de devenir son assistant ». René Leucart décline. A-t-il manqué de pif ? A-t-il des regrets ? « Non. J’ai refusé parce qu’il y avait beaucoup de déplacements prévus à l’étranger, ce n’était pas mon truc ». Les deux hommes se revoient un peu plus tard, rue de Bièvre, au domicile parisien des Mitterrand. On reconnaît le René Leucart écrivain, décrivant la scène avec brio et moult détails : la maison, le cadre du déjeuner… et Danielle Mitterrand qui s’en va pour son cours de reliure à la MJC Saint-Germain. « C’est là que j’ai obtenu que le congrès du PS se tienne à Metz ». Cela avait pourtant mal démarré : « Un congrès à Metz, mais vous n’y pensez pas ! », avait lâché Mitterrand, la tradition voulant que les congrès se tiennent dans des villes à majorité socialiste. Leucart obtient donc le congrès du PS dans la ville de Jean-Marie Rausch (centre droit) et le titre d’organisateur en chef. Un congrès de Metz qu’on classe aujourd’hui parmi les historiques, « c’est là queRené Leucart aurait pu viser haut, davantage à sa mesure. Le trublion paie-t-il aussi ses sorties de route, ses dissidences ? Possible.François Mitterrand gagne 1981 ». C’est en effet au Parc des expos de Metz, en avril 1979, que le Premier secrétaire du PS se taille une majorité et étouffe les désirs présidentiels de Michel Rocard. Le 5 avril, Metz était le quitte ou double de Mitterrand. Le 8, Metz est le ciel éclairci sur la route de l’Élysée. Le congrès rondement organisé, Mitterrand en est reconnaissant à Leucart et, désormais, l’appelle, le consulte. Il le décorera plus tard et en grande pompe à l’Élysée. Bien dans les petits papiers de Mitterrand, le Lorrain, pourtant, ne capitalise pas. « Mitterrand m’avait à la bonne mais je n’avais pas de plan de carrière ». Ce serait donc volontairement, avec l’idée fixe du rebelle tranquille, que René Leucart s’est construit une carrière en Ligue 2. Doté d’un goût du réseautage et d’une analyse fine de la société française, René Leucart aurait pu viser haut, davantage à sa mesure. Le trublion paie-t-il aussi ses sorties de route, ses dissidences ? Possible. Il semble s’en moquer et cite Jules Clarétie : « Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et surtout la grande armée des gens, d’autant plus sévères, qu’ils ne font rien du tout ». Aucune envie de ranger les crampons ne le titille pour l’instant, il suffit pour s’en convaincre de constater son activisme facebookien (il est en bisbilles avec Facebook pour la fermeture d’un de ses comptes qui collectionnait des dizaines de milliers de likes). Le toujours et encore citoyen du monde pose sur l’actualité un regard inhabituel, décalé, bercé par la notion du temps si chère à Mitterrand. René Leucart a un avis sur à peu près tout. Sur les réformes territoriales et « les maires qui vont finir par devenir les greffiers des grandes métropoles ». Sur Hollande et sa manie de « réformer même ce qui marche ». Sur « Chirac que l’on disait roi fainéant alors qu’il avait compris que les gens ont besoin de temps et de calme. La brutalité n’est jamais bonne ». Sur Macron ? « Le juger est prématuré ». Laisser le temps au temps… Une idée révolutionnaire.


« IL N’Y AURA PLUS DE NUITS »

Il y a Renaud et sa « bande de jeunes à lui tout seul ». Il y a René et sa bande de gens à lui tout seul aussi. René Leucart est une rencontre, un mélange, une personnalité aux allures d’univers où se côtoient et se succèdent sur scène l’idéaliste, le pragmatique, l’humaniste, le laïcard, le rusé, l’emmerdeur, le Républicain, le pinailleur, le radical. Passe aussi l’écrivain, romancier et essayiste, sensible aux lettres et belles plumes (autre raison d’aimer Mitterrand dont il dit avoir apprécié « la force de frappe intellectuelle »). À plusieurs reprises, René Leucart a pris la sienne pour inventer des histoires. Il a sept romans à son actif : L’été nul’part, Séisme Côte d’azur ou la véritable histoire des rois mages (préfacé par Haroun Tazieff), Le bal des Graoullys, L’absinthe noire, La société des ombres… En 2012, il se fait biographe d’un compagnon de route, « un indigné permanent », l’avocat Daniel Delrez avec lequel il a partagé de nombreux combats politiques et judiciaires. Ensemble, ils avaient notamment bâti une liste aux élections régionales, dissidente du PS et des Verts. Les deux compères ex-PS étaient rentrés avec la coquette somme de 8% des suffrages. Le prochain livre de René Leucart, Il n’y aura plus de nuit (préfacé par l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti), sera dans les rayons des libraires dans quelques semaines. Un tout autre genre, « une version revue et commentée de l’Apocalypse de Saint-Jean » (Nouveau Testament). René Leucart s’est collé à ce travail de titan avec son stylo. Son frère peintre, André Leucart, avec son pinceau, illustre l’ensemble. René, à propos du travail d’André : « Le dernier livre de la Bible n’est pas traduisible en images dès lors que l’on s’éloigne de son interprétation basique. Alors, il tente une lecture métaphysique ou ésotérique et relève le défi d’illustrer ce texte dans son intégralité sur de grandes toiles ».